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Comment réussir sa thèse et garder une bonne relation avec son directeur de thèse

Comment réussir sa thèse et garder une bonne relation avec son directeur de thèse Introduction Etudier c’est déjà trop dur! Rédiger un mémoire de licence, de maîtrise, de Master ou une thèse c’est tout un programme ! il faut s’y préparer. Une entrée au hasard dans cette « aventure personnelle et professionnelle peut être périlleuse pour vous. I. Les responsabilités des étudiants Si les directeurs de recherche jouent un rôle primordial dans la réalisation de l’essai, du mémoire ou de la thèse, vous y avez également une grande part de responsabilité. Afin d’éviter des déceptions, des conflits ou d’entretenir des attentes irréalistes, il est important de clarifier vos responsabilités à l’égard de vos études de maîtrise ou de doctorat de même que de la relation d’encadrement. L’autonomie, l’initiative et le sens des responsabilités sont des qualités attendues chez les étudiants inscrits aux cycles supérieurs. Vous devez notamment assurer une gestion de temps efficace, respecter les échéanciers et suivre les normes et les exigences de présentation de textes. Afin de faciliter votre démarche, il vous incombe de chercher différentes sources de financement ainsi que de faire appel à d’autres personnes-ressources au besoin. Sur le plan de la relation d’encadrement, vous avez un rôle important à jouer dans l’établissement d’une relation saine avec la personne qui dirige vos travaux. Exprimez vos besoins et sollicitez une rencontre, sans attendre qu’elle vous soit proposée. II. Les rôles et responsabilités des directeurs de recherche En acceptant d’encadrer un essai, un mémoire ou une thèse, les directeurs de recherche s’engagent à vous accompagner tout au long de cette démarche. Ils joueront simultanément ou alternativement plusieurs rôles auprès de vous, soit: (1) un rôle professionnel, (2) un rôle administratif et (3) un rôle de soutien. • Le rôle professionnel Les directeurs de recherche ont pour mandat de vous guider dans les étapes de votre projet (choix de la question de recherche, planification et établissement de l’échéancier de travail, conseils théoriques et méthodologiques). De plus, ils peuvent vous proposer des stratégies pour résoudre divers problèmes liés à la réalisation de votre projet. Rappelons que si les directeurs doivent vous conseiller sur le contenu de votre recherche et vous orienter vers les ressources appropriées, la réalisation des diverses parties du projet vous revient. Finalement, sur le plan professionnel, les directeurs de recherche ont un mandat d’évaluation. Vous êtes donc en droit de vous attendre à des commentaires détaillés et constructifs sur votre travail. Pendant votre période de rédaction, par exemple, votre directeur de recherche lira vos écrits à plusieurs reprises et sera appelé à vous fournir une rétroaction dans un délai raisonnable. Ce délai variera selon l’entente que vous aurez préférablement convenue dès le début de votre collaboration. Pour faciliter la lecture et ne pas retarder la correction, vous pourriez envisager de remettre votre document par sections, plutôt qu’un manuscrit complet. Pour des renseignements plus spécifiques au choix d’un directeur de recherche, consultez le texte Entreprendre des études aux cycles supérieurs: le choix de votre sujet et de votre directeur de recherche. • Le rôle administratif • Le rôle administratif comprend les tâches associées à l’organisation et à la gestion, notamment l’inscription, le soutien financier, etc. Votre directeur doit demeurer disponible pour vous rencontrer régulièrement. La durée et la fréquence des rencontres peuvent varier, mais suffisamment de temps devrait être prévu pour traiter l’ensemble des points que vous souhaitez aborder. Si votre directeur planifie une absence prolongée du bureau, diverses stratégies devraient être mises en place pour faciliter les contacts (p.ex. le courriel). De même, une tierce personne (p. ex. un étudiant de troisième cycle ou un professionnel de recherche) pourrait être désignée pour répondre adéquatement à vos questions en son absence. • Le rôle de soutien Plusieurs spécialistes affirment qu’une bonne relation d’encadrement est aussi importante que les qualifications ou l’expertise d’un directeur dans son domaine de recherche. Le soutien du directeur de recherche s’avère essentiel pour la réalisation d’études supérieures. Il serait légitime d’espérer que votre directeur de recherche demeure ouvert et sensible à votre bien-être général, entretienne une relation courtoise avec vous et vous encourage tout au long de votre cheminement. Cela pourrait vous aider à développer autonomie et confiance face à votre démarche. III. Le style d’encadrement Plusieurs facteurs personnels comme les attentes des directeurs de recherche, leur personnalité ou leur manière de travailler peuvent influencer la façon d’encadrer la réalisation d’un essai, d’un mémoire ou d’une thèse. Selon votre personnalité et vos besoins, un style d’encadrement en particulier pourrait vous convenir davantage. Par exemple, si vous sentez le besoin d’un encadrement plus étroit, vous préférerez probablement travailler avec une personne qui offre une direction plus structurée. Au contraire, si vous êtes de nature plus indépendante et vous prenez facilement des initiatives, vous pourriez vous sentir plus à l’aise avec un encadrement moins directif. Le tableau suivant décrit quatre styles d’encadrement généralement observés: Styles d’encadrement Style Description Directif Dirige les étudiants tout au long du processus, soit de l’élaboration de la question de recherche jusqu’à la fin de la rédaction. Les étudiants sont suivis pas à pas pour chaque étape de la recherche et sont rencontrés fréquemment. Conseiller Dirige les étudiants au moment de l’élaboration du projet, agit comme conseiller pendant les étapes intermédiaires et redevient plus directif au moment de la rédaction. Guide Dirige plus étroitement au cours des premières étapes de recherche, puis devient graduellement moins directif à mesure que les étudiants trouvent leur voie. Non directif Laisse les étudiants autonomes tout au long de la réalisation de la recherche. En général, les contacts sont moins fréquents. Ces quatre styles d’encadrement comportent tous des avantages et des inconvénients et on ne peut affirmer qu’un style est préférable à un autre. Idéalement, plutôt que de s’en tenir à une seule façon d’intervenir, il serait souhaitable que les directeurs adaptent leur façon d’encadrer aux besoins changeants des étudiants tout au long de leurs études de maîtrise ou de doctorat. IV. La relation avec le directeur de recherche La situation d’encadrement constitue d’abord et avant tout une relation interpersonnelle où la personnalité de chacun colore le lien. Par exemple, si vous travaillez avec un directeur reconnu pour être très exigeant et que vous êtes sensible à la critique, il se peut que vous ressentiez de l’anxiété lors de vos rencontres. Parfois, votre estime personnelle pourrait aussi être affectée par une interprétation erronée des commentaires reçus. Il faut garder à l’esprit que les commentaires et corrections portent sur ce que vous produisez et non sur votre personne. Par ailleurs, la notoriété des directeurs de recherche pourrait vous intimider ou vous donner l’impression qu’ils sont inaccessibles. Plusieurs étudiants n’osent pas avouer qu’ils ne comprennent pas tel ou tel aspect par crainte de décevoir ou encore d’être jugés sur leurs capacités intellectuelles. Prenez garde de ne pas vous laisser troubler. Il va de soi que vous travaillez avec une personne plus expérimentée que vous en recherche, mais cette personne demeure un être humain qui a aussi été étudiant dans le passé! L’objectif n’est pas de développer une relation d’amitié, mais plutôt de vous sentir à l’aise pour dialoguer et ainsi faire progresser vos travaux. Règle générale, la relation d’encadrement évolue de la manière suivante: au départ, vous aurez à vous familiariser avec la problématique à l’étude et on vous aidera à définir votre projet. Les rencontres viseront davantage à vous informer et à approuver la direction que prendra votre travail. Éventuellement, vous en connaîtrez davantage sur le sujet et vous pourrez soumettre vos propres idées, laissant ainsi place à des discussions plus élaborées. Enfin, plus votre formation avancera, plus il devrait y avoir collaboration (par exemple, vous pourriez être coauteur d’un article, apporter votre aide dans une demande de subvention ou collaborer à d’autres projets de recherche en parallèle, etc.). Afin de vivre un encadrement favorisant l’avancement de vos travaux, tout en préservant votre estime personnelle, voici quelques facteurs à prendre en considération: Facteur à considérer dans une relation d’encadrement • Prenez garde au réflexe d’évitement. Si vous avez peur de la critique, il se peut que vous ayez tendance à éviter les rencontres. Ne tombez pas dans ce piège, car moins vous aurez de contacts, plus votre appréhension risque d’augmenter et plus il vous sera difficile d’établir un bon lien de collaboration… C’est une roue sans fin! • Assurez-vous, dès que vous quittez le bureau de votre directrice ou directeur, de ne pas oublier les recommandations formulées au cours de la rencontre. En effet, il pourrait arriver que vous vous sentiez mal à l’aise au point de ne pas oser poser des questions ou de prendre des notes en sa présence. Toutefois, il s’avère plus efficace d’inscrire à mesure tout élément pertinent et de clarifier vos interrogations pendant la rencontre. N’hésitez pas à revenir sur des questions demeurées ambiguës dans les plus brefs délais. • Veillez à remettre vos documents dans une version qui soit la plus complète possible (références, structure du texte, orthographe, numérotation des pages, etc.). Cela fait toujours meilleure impression et évite de faire dévier l’attention de la directrice ou du directeur. • Rappelez-vous qu’il est tout à fait normal d’avoir plusieurs corrections à faire sur votre document. Plusieurs ressentent un «choc de la correction»: ils se jugent pour les erreurs commises et se découragent devant l’ampleur du travail à faire. N’oubliez pas que vous êtes en situation d’apprentissage. Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas la capacité d’écrire, mais tout simplement que la rédaction d’un tel document comporte inévitablement des exigences spécifiques (comme par exemple si vous devez publier dans un journal qui a ses propres normes). Faites preuve d’humilité, surtout si vous êtes de nature perfectionniste, et sachez tirer profit des connaissances et de l’expérience de la personne qui dirige vos travaux. • Ne croyez pas que votre directrice ou directeur ne s’intéresse pas à vous ou à votre projet s’il ou elle vous pose quelques questions pour resituer votre travail… Les directeurs passent rapidement d’un étudiant à l’autre; il est normal qu’ils aient besoin de se remettre dans le contexte de votre recherche. De plus, à mesure que vous progressez, leur connaissance de votre sujet ne pourra être aussi approfondie que la vôtre. • Souvenez-vous que votre directrice ou directeur agit comme conseiller, alors ne vous vexez pas si on ne vous fournit pas d’articles spécifiques à lire mais qu’on vous donne plutôt quelques pistes ou références. Rappelez-vous que les études supérieures visent à développer votre autonomie. V. Les modalités de fonctionnement Il est important de clarifier rapidement le cadre de la relation d’encadrement. Le plus tôt sera le mieux. Voici quelques points que vous auriez avantage à discuter avec votre directrice ou directeur: • les attentes et besoins de chacun • le style d’encadrement • la fréquence des rencontres • l’élaboration d’un échéancier – pour plus de de détails à ce sujet, vous pouvez consulter le texte essai, mémoire et thèse, les défis de la gestion du temps • la propriété intellectuelle • les possibilités de financement • les ressources matérielles • le mode de fonctionnement (délai pour remettre les corrections, prise de rendez-vous, etc.) • les contraintes de part et d’autre. Chez les directeurs, il pourrait s’agir par exemple d’une absence prolongée pour sabbatique, d’un séjour à l’étranger, d’un projet de retraite, etc. Du côté étudiant, les contraintes pourraient par exemple être en lien avec des obligations familiales, un emploi, des difficultés financières, etc. Cette discussion permet d’éviter bien des malentendus puisque chacun identifie clairement ses objectifs et une entente conjointe est prise. Ainsi, vous évitez les mauvaises surprises (par exemple, un arrêt de financement car votre directrice ou directeur croyait que vous termineriez le projet quelques mois plus tôt). Il est recommandé de consigner l’ensemble des ententes prises au départ, car si jamais un conflit devait survenir, vous pourriez vous y référer. Par ailleurs, il est important de prévoir des rencontres sur une base régulière, et ce, même si vous n’avez pas de document à remettre. Certains craignent parfois de déranger, mais n’hésitez pas à solliciter une rencontre. Sur le plan de la fréquence des rencontres, il pourrait être utile de fixer une rencontre toutes les deux semaines ou tous les mois. Évidemment, cela varie d’un projet ou d’un directeur à l’autre. Les rencontres d’encadrement comportent plusieurs avantages. Elles vous permettent notamment de: • informer votre directrice ou directeur de l’évolution de votre travail • être guidé dans vos recherches • prévenir les problèmes liés à l’orientation que prendra votre travail (éviter les mauvaises surprises) • maintenir votre motivation • diminuer l’isolement Une rencontre d’encadrement exige une certaine préparation afin que vous puissiez aborder l’ensemble des points sur lesquels vous vous questionnez. Voici quelques recommandations pour optimiser vos rencontres: Préparation des rencontres d’encadrement Avant la rencontre • Résumez ce qui avait été discuté et convenu lors de votre rencontre précédente et ce que vous avez accompli depuis. • Inscrivez toutes les questions (administratives, de recherche ou autres) qui vous traversent l’esprit entre les rencontres et que vous n’arrivez pas à clarifier seul. • Notez précisément l’information que vous souhaitez obtenir afin d’éviter que la discussion devienne trop informelle et dérive sur des éléments moins importants ou moins urgents. • Établissez un ordre du jour avec ces points. • Faites parvenir l’ordre du jour à votre directrice ou directeur un jour ou deux à l’avance, afin qu’elle ou il prenne connaissance de ce dont vous voulez discuter et planifie le temps nécessaire à la rencontre. Pendant la rencontre • Prenez le temps de bien resituer votre directrice ou directeur sur votre projet. • Revenez en détail sur l’état de l’avancement des travaux depuis la dernière rencontre, vos réflexions, vos questionnements et vos pistes de solution. • Abordez chaque point de votre ordre du jour. • Prenez des notes (ne prenez pas pour acquis que vous vous souviendrez de tout!). Au terme de la rencontre • Assurez-vous d’avoir d’une bonne compréhension des tâches à faire. Si la suite n’est pas claire, cela pourrait affecter votre motivation. Vous pourriez être plus à risque de procrastiner et ainsi de retarder l’avancement de vos travaux. • Faites un compte rendu de la rencontre afin de résumer les tâches à effectuer et l’évolution que doit prendre votre travail (points abordés, décisions prises, idées, problèmes). • Prévoyez un échéancier pour la suite de votre travail. • Fixez idéalement la date de votre prochaine rencontre. • Mettez-vous d’accord sur les tâches à faire et remplissez vos engagements. VI. La communication Comme dans toute relation interpersonnelle, une bonne communication avec votre directrice ou directeur de recherche est cruciale pour votre réussite. Ne sous-estimez pas votre rôle dans la relation d’encadrement. Vous devez vous assurer, autant que faire se peut, du maintien de la communication et des bonnes relations. Si vous avez des incompréhensions ou des insatisfactions, exprimez-les. Vous aiderez ainsi à clarifier les malentendus et à éviter que la situation ne se détériore. Pensez-y, c’est vous qui avez le plus à perdre en cas de malentendu ou de conflit. Vous serez gagnant si vous contribuez à maintenir une bonne communication avec votre directrice ou directeur. Stratégies pour maintenir une bonne communication et une bonne entente • Soyez à l’heure à vos rendez-vous. • Respectez les échéances. • Établissez une alliance en commençant la conversation par des questions générales. Votre directrice ou directeur risque moins de se sentir comme un guichet qui doit répondre à vos questions de recherche. • N’hésitez pas à poser des questions sur les corrections suggérées ou les commentaires formulés au sujet de votre travail. Cela vous permettra de bien identifier ce qu’il y a à faire pour le bonifier (p. ex.: erreurs de grammaire, conceptualisation, non pertinence de certains éléments). • Exprimez vos objections ou préoccupations clairement et calmement si vous êtes en désaccord avec votre directrice ou directeur. • Suggérez, lorsque c’est possible, des pistes de solutions pour les difficultés. • Informez votre directrice ou directeur de tout facteur pouvant perturber vos études (blocage, doute, maladie, problèmes personnels, etc.). Il est préférable qu’elle ou il sache que des difficultés personnelles vous empêchent de travailler plutôt que de conclure que vous manquez de motivation ou d’assiduité. • Montrez que vous êtes conscient des efforts et du temps qu’elle ou il investit dans votre travail. VII. La co-direction Lorsque le projet de recherche est plus complexe ou touche plus d’une discipline, il peut être avantageux de travailler en codirection. Tant les directeurs que les étudiants peuvent bénéficier de cette démarche. D’abord, la codirection favorise l’accès à une expertise plus large, en raison de disciplines professionnelles et académiques variées, et cela donne lieu à des discussions stimulantes sur le plan intellectuel. Toutefois, la codirection peut également avoir ses inconvénients. En effet, l’implication de plusieurs personnes dans le processus d’encadrement comporte un potentiel de désaccords et de divergences d’opinions, pouvant interférer avec le travail de l’étudiante ou l’étudiant, au détriment de l’évolution de sa recherche. Parfois, les chercheurs viennent de la même discipline, mais ils n’ont pas le même cadre théorique. En d’autres occasions, ils proviennent de disciplines différentes et le potentiel de conflit peut être encore plus grand. De plus, à moins d’une entente au préalable du processus, il arrive que le rôle de chacun ne soit pas défini clairement, que l’un ou l’autre s’implique peu, entre autres parce qu’il attribue à l’autre directrice ou directeur le rôle principal. La qualité de l’encadrement des étudiants risque alors d’en souffrir. Il s’avère donc primordial de clarifier dès le début les rôles et responsabilités de chacun. VIII. Les situations d’impasse ou de conflits Comme il a été mentionné, la relation d’encadrement constitue une relation interpersonnelle où interagissent les styles de personnalité de chacun. Si la relation peut être harmonieuse, il arrive aussi qu’elle devienne conflictuelle. Nul n’est à l’abri d’un conflit. Un conflit peut survenir lorsqu’une action, un geste ou une parole est perçu comme une intention d’agression de l’autre envers soi. Lorsque survient une telle situation (p. ex.: manque d’encadrement, propos blessants, critiques personnelles, abus de pouvoir, etc.), un premier réflexe pourrait être de répondre sur le coup de l’émotion, de dénigrer la personne ou de se venger. Il s’agit toutefois de réactions négatives à éviter. D’autres vont plutôt subir en silence, se dénigrer ou même songer à abandonner leurs études. Ces réactions ne sont pas souhaitables non plus. Dans la mesure du possible, il vaut mieux freiner toute réaction impulsive : tenter de se calmer et prendre du recul afin de réfléchir plus objectivement à la situation. Il est souvent utile d’en parler à des proches, en particulier s’ils ne fréquentent pas le même milieu. Si vous vivez une situation conflictuelle, n’attendez pas que le conflit se règle tout seul par le simple passage du temps, car il risque de s’envenimer et d’être difficilement remédiable. Pascale Poudrette, psychologue et spécialiste en résolution de conflit, propose une démarche concrète suivant des étapes précises qui aideront à analyser la situation conflictuelle et en favoriser la résolution. Les étapes sont les suivantes:  Déterminer le type de conflit Il existe cinq types de conflits: • Le conflit de données (manque d’information, mauvaise information, points de vue ou interprétations différentes). • Le conflit relationnel (émotions fortes, mauvaise communication, mauvaises perceptions, stéréotypes, agissements négatifs et répétitifs). • Le conflit de valeurs (différences en ce qui a trait aux choix de vie, aux idéologies, à la religion). • Le conflit d’intérêt (divergence d’intérêts perçue ou réelle). • Le conflit d’ordre structurel (abus de pouvoir, utilisation de contrôle, rôles mal définis).  Déterminer les faits À ce stade, il faut localiser la source du conflit, définir le conflit et tenter de clarifier la compréhension que les personnes impliquées se font du conflit.  Répertorier les intérêts et les besoins des parties Précisez en détail les points communs et les divergences. Faites votre propre examen de conscience. N’oubliez pas qu’en général, les torts sont rarement d’un seul côté.  Etablir des critères objectifs et déterminer quels sont les objectifs communs Une discussion avec votre directrice ou directeur s’impose au cours de laquelle vous aurez avantage à vous entendre sur un objectif commun. Demeurez le plus objectif possible. Rediscutez des ententes prises au départ afin d’avoir un point de référence s’il y a déviation.  Développer des pistes de solution possibles et réalistes Évaluez les avantages et les inconvénients de ces solutions ainsi que les conséquences, dans le but d’en arriver à une solution qui convienne aux deux parties.  Sélectionner les options favorables aux protagonistes Privilégiez des options qui laissent place à la collaboration, de sorte que chacun puisse faire des compromis et s’engager à les respecter.  Évaluer les résultats du processus Si nécessaire, une nouvelle rencontre pourrait permettre de faire le point sur la situation et les solutions mises en place. Afin d’aborder le sujet de votre relation avec votre directrice ou directeur de recherche, n’hésitez pas à poser des questions directes mais formulées de façon positive afin de montrer que vous ne doutez pas de ses bonnes intentions. Ces questions mèneront naturellement à la discussion sur la relation elle-même. Voici des exemples de questions qui pourraient être posées en ce sens: • Avez-vous l’impression que je travaille suffisamment entre nos rencontres? • Êtes-vous satisfait(e) de la façon dont j’utilise vos commentaires? • Êtes-vous satisfait(e) de mon attitude vis-à-vis votre encadrement? • Comment pourrions-nous, croyez-vous, travailler plus efficacement? Si vous songez à changer de directrice ou de directeur, sachez qu’il s’agit là d’une démarche très délicate qui pourrait entraîner d’importantes répercussions sur votre travail (propriété des données, échéanciers retardés, etc.) et sur vous-même. De plus, cela entraînera sans doute des conséquences négatives pour la directrice ou le directeur, sur les plans professionnel et personnel. NB : Ne prenez pas cette décision à la légère et ne faites pas de démarches pour trouver une autre personne pour diriger vos travaux sans avoir tenté de régler le conflit avec votre directrice ou directeur. À prime abord, il est préférable d’envisager d’autres solutions moins drastiques. Voici comment procéder pour obtenir de l’aide si la situation devenait plus difficile: • tentez de résoudre le conflit avec votre directrice ou directeur d’abord • cherchez de l’aide auprès d’une tierce personne qui pourra agir comme médiateur: ‒ la direction de programme ‒ la direction du département ‒ le doyen ou le vice-doyen de la faculté ‒ la direction de l’institut ou du centre de recherche auquel vous êtes associé ‒ tout autre responsable d’activités de formation liées à la recherche ‒ la faculté des études supérieures • demandez conseil auprès des services suivants si vous croyez être victime de harcèlement ou si vous estimez que vos droits sont bafoués: • les organisations estudiantines, volet social • l’assistant(e) sociale(e) de l’université • Le Centre d’intervention en matière de harcèlement s’il en existe sur votre campus. IX. Conclusion Étudier aux cycles supérieurs n’est pas toujours un processus facile et peut comporter plusieurs années de travail en collaboration avec la personne qui dirige vos travaux de recherche. La qualité de la relation d’encadrement s’avère donc cruciale pour vous aider à mener à terme votre projet d’essai, de mémoire ou de thèse. Une relation saine et productive fait appel au respect mutuel et au professionnalisme. Bien qu’il s’agisse d’une responsabilité partagée, n’attendez pas avant de réagir et assumez un rôle actif dans votre relation d’encadrement. Au besoin, n’hésitez pas à chercher de l’aide auprès des professionnels du Centre d’aide aux étudiants. X. Références 1. Association canadienne pour les études supérieures (ACES) (2008). Les principes directeurs de l’encadrement des étudiants des cycles supérieurs. 2. Desjardins, M. (1994, 1995). How to Succeed in Graduate School: A Guide for Students and Advisors. Crossroads ,the Online ACM Student Magazine.http://www.cs.umbc.edu/~mariedj/papers/advice-summary.html. 3. Faculté des études supérieures, Politique d’encadrement des étudiants à la maîtrise avec mémoire et au doctorat, adoptée par le Conseil universitaire à sa séance du 1e avril 2008.https://www2.ulaval.ca/fileadmin/Secretaire_general/Politiques/Politique_d_encadrement_des_etudiants_maitrise_memoire_et_doctorat__CU-2015-75.pdf 4. Leduc, A. (1990). La direction des mémoires et des thèses. Brossard: Behaviora. 5. Morin, S. (2006). Études supérieures recherche. Guide étudiant, Vice-rectorat aux études supérieures, Université de Sherbrooke.http://www.usherbrooke.ca/etudes-superieures/recherche/. 6. Prégent, R. (2000). L’encadrement des travaux de mémoire et de thèse – Conseils pédagogiques aux directeurs de recherche. Montréal: Presses internationales, Polytechnique. 7. Royer, C. (1998). Vers un modèle de direction de recherche en sciences humaines. Québec: Presses de l’Université du Québec. 8. Taylor, S. & Beasley, N. (2005). A Handbook for Doctoral Supervisors. London: Routledge.

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ENFANT JE T'AIME

 

ENFANT JE T’AIME

 

Enfant, fruit de mes entrailles ! Sois le bienvenu

Ton cri fait frémir tous les coeurs

Ton visage, une lueur  l’aurore de nos avenirs

Tes pleurs, délices des coeurs

Ton sommeil dévoile le bonheur

 

Toi qui unis les humains

Toi qui, par ton sourire préserve la paix

Toi qui renouvelles le souffle du lendemain

Toi qui nourris l’espoir des pères, console les mères

Ô fruit du passé ! Flambeau du futur

 

Quand mon coeur est triste et désespéré

Quand des craintes veulent me désemparer

Ton sourire me rassure

Ta douceur me console

 

Quand les soupirs viennent appuyer mes peines

Quand se voile la boussole

Ton regard innocent me protège

Ton sourire plein de merveilles me régénère

 

Messager divin ineffable couronne d'unité

Remplis-moi de ta générosité

Que tes yeux pétillant de félicité

Et ton rayonnement plein de vie

Me donne l’éternelle des vies

Enfant tu es ma genèse

 

Que tu ailles ou que tu viennes

Tu nous ouvres un horizon nouveau

Sur la terre et par dessus les saisons

Loue ton regard diluvien

 

Ton souffle renouvelle la vieillesse

Ton  souffle de jeunesse ne s’éteindra point

Il est éternel ! personne ne témoignera ta fin

Ô enfant ! Sois fier tu connaîtras la vaillance

Enfant ! Je t’aime

© abiguelelijan, Cotonou, 21 mai 1999

 

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10 juillet 2018

LES OBSTACLES A LA PRISE EN CHARGE DE LA VULNERABILITE CHEZ LES ENFANTS MENDIANTS A COTONOU

LES OBSTACLES A LA PRISE EN CHARGE DE LA
VULNERABILITE CHEZ LES ENFANTS MENDIANTS A
COTONOU
ELIJAN Bélou Abiguël, doctorante en Sociologie de développement (UAC).
Tel. (229) 94 69 82 06. mylifehopeness@gmail.com
ATCHEKPE F. Septime, doctorant en Sociologie de développement (UAC).
Tél. (229) 97444990 asept7@gmail.com
TINGBE –AZALOU Albert, Professeur Titulaire, Université
d’Abomey-Calavi
Tél. (229) 96210057 blenu2013@hotmail.com
Résumé
Cet article analyse les trajectoires des enfants mendiants et guides de
mendiants, la mobilité sociale de personnes vulnérables à travers leur vécu et
leur connaissance des droits de l'enfant pour comprendre les obstacles à leur
prise en charge. La recherche a permis de préciser les contours de la notion de
vulnérabilité et ses différentes formes. La démarche méthodologique ayant
conduit aux résultats présentés dans cet article est une approche qualitative,
avec des entretiens individuels effectués à Cotonou, notamment au quartier
Zongo et dans les environs du marché international de Dantokpa. Elle a permis
de montrer que l’avance de la solidarité et l'assouplissement des procédures
administratives sont des facteurs favorables à une meilleure prise en charge
de vulnérabilité sociale des enfants mendiants.

Mots-clés : mendicité, droit de l'enfant, vulnérabilité.


Abstract

This article analyzes the trajectories of begging children and beggar guides,
the social mobility of vulnerable people through their experience and their
knowledge of the rights of the child to understand the obstacles to their care.
Research has clarified the contours of the notion of vulnerability and its
different forms. The methodological approach that led to the results presented
in this article is a qualitative approach, with individual interviews conducted
in Cotonou, particularly in the Zongo district and in the vicinity of the
Dantokpa international market. It made it possible to show that the advance of
solidarity and the relaxation of the administrative procedures are factors
favorable to a better management of social vulnerability of begging children.
Keywords: begging, right of the child, vulnerability.
Introduction
La mendicité, qu’elle soit impulsée par des convictions religieuses ou par pure
nécessité, reste au regard de la déclaration des droits de l’enfant, une violation
de la loi sur la protection des enfants. Des enfants de plus en plus petits et
nombreux déambulent ente les véhicules et motocyclistes à la recherche d’une
âme généreuse défiant ainsi les dispositions qui garantissent la protection des
enfants contre toute forme d’exploitation. Ce qu’on pourrait appeler un drame
social (Assi Marcellin, 2003). Bien que le 03 août 1990 le Bénin a ratifié la
Convention relative aux droits de l'enfant qui se traduit par la mise en place
du Programme National d'Actions (PNA) en faveur de l'enfant et de la femme.
L’éducation était l’une des priorités dans cette politique de : « les enfants
d’abord ».Cette politique est réaffirmée en 2002 avec l’adoption de la
déclaration : « un Monde Digne des Enfants », pour la promotion de meilleures
conditions de vie, l’éducation des enfants et leur protection contre toute
violence physique et psychologique. Cependant, et malgré les progrès
accomplis par le Bénin dans l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD), notamment ceux concernant particulièrement les
enfants (objectifs 1, 2, 3, 4, 6, 7 et 8), la condition de l’enfant est encore très
précaire. Ainsi, certains indicateurs de vulnérabilité ne semblent pas connaître
une amélioration ; en témoignent des enfants exposés aux intempéries à
longueur de journée, mendiant dans les carrefours, les gares, les mosquées à
la recherche de la subsistance quotidienne. Entre les discours, les programmes
et le financement apportés par l’Etat et ses partenaires, des intentions à
l’acte, des efforts restent à fournir.
Du latin mendicĭta, la mendicité est l’action de quémander et la condition de
celui qui vit de l’aumône, c’est-à-dire qui compte sur la faveur et la générosité
des autres pour pouvoir subsister. C’est généralement une demande d’argent
aux automobilistes dans la rue ou aux passants devant l’entrée d’un lieu de
culte (mosquée, église hôpital, pharmacie), un lieu très fréquenté ou un
bâtiment de service public. Celui qui le fait est appelé mendiant. Il peut
demander d’autres choses comme de la nourriture, des vêtements ou des
médicaments pour survivre partiellement ou totalement. La mendicité urbaine
est une préoccupation qui pourrait être considérée comme une préoccupation

secondaire face aux difficultés auxquelles doivent faire face les décideurs pour
amorcer le développement. Pourtant cette situation est la partie visible de
‘’l’iceberg’’ que représente les dynamiques socioéconomiques au niveau du
monde rural. Il éveille la curiosité sur ce qui peut pousser les populations
rurales à abandonner les villages et les champs pour envahir les rues de la ville
et des petits enfants à prendre des risques à vivre sur les trottoirs en risquant
leur vie entre les véhicules et les motos. En effet, on pense que c’est
généralement le manque de ressources dû à certains évènements comme un
accident ou une maladie invalidant, la vieillesse, qui conduisent à la mendicité,
bien qu’il y ait certains cas de choix volontaire pour le gain facile ou même
dû à la paresse. Tous les pays du monde, quel que soit leur niveau de
développement sont confrontés au problème de la mendicité. Des personnes
pauvres vivant dans la précarité au quotidien et exposé aux intempéries de la
nature se retrouvent dans les rues, pour solliciter la générosité des passants
pour survivre. Ailleurs on est passé du clochard dans la rue à celui des « sans
domicile fixe » (SDF). La pauvreté est souvent à côté de la grande richesse,
ce qui fait appelle à la solidarité entre les personnes de différents milieux et
conditions sociales.
En effet, une étude menée en 2012 par l’UNICEF et le Gouvernement
béninois (UNICEF, 2012)1, montre que les enfants sont souvent les premières
victimes des conditions précaires de vie des parents. Ainsi, les conditions de
vie des enfants traduisent souvent le niveau de vie des parents, car les
difficultés financières et économiques qui touchent les populations sont plus
ressenties sur les enfants. C’est pour cela que leur bien-être nécessite la mise
en oeuvre de politiques fondées sur les Droits Humains. Le Bénin est signataire
de la Convention des Droits de l’Enfant (CDE) qui offre un cadre international
permettant de garantir les droits et la sécurité aux enfants. Pour garantir la
sécurité et la protection de l’enfance, l’Etat a créé des dispositifs de prise en
charge des enfants en situation difficile.
La pauvreté est souvent prise comme l’apanage des milieux ruraux, pris dans
un cercle vicieux de pauvreté-vulnérabilité ou de richesses précaires et
saisonnières, susceptible de les faire retomber dans la pauvreté à la moindre
crise. Mais la présence très remarquée des enfants mendiants dans les
carrefours et les scènes de ‘’misère’’ que présente certains quartiers de
Cotonou comme Zongo et ses environs interpelle le chercheur sur les
fondements de ce phénomène. Malgré les efforts consentis à travers les
programmes de protection de l’enfance, plusieurs enfants vivent encore dans
des conditions très précaires dans la ville de Cotonou. Il n’est pas rare de voir
des enfants soumis à de rudes conditions de vie, mendiant dans les rues et dans
les grands carrefours de la ville Capitale économique du Bénin, Cotonou.
Comment expliquer la recrudescence de la mendicité pratiquée par des
enfants ? Les grands axes de réflexions concernent la connaissance des droits
des enfants et de l’existence des institutions de prise en charges des cas
sociaux, la perception de la mendicité des enfants par les mendiants et leurs
proches, les trajectoires sociales des acteurs et les difficultés auxquelles ils
sont confrontés ainsi que les perspectives à envisager pour développer, au sein
de l’ensemble de la société, une tolérance et une solidarité plus propices à
l’acceptation de ses « vulnérables » et faciliter leur prise en charge. Pour y
parvenir, une démarche méthodologique essentiellement qualitative a permis
de recueillir les informations.

1. Approche méthodologique


La présente recherche empirique, dont la question de recherche est : « quels
sont les facteurs favorables à la mendicité des enfants dans la ville de
Cotonou », de type qualitatif, a été réalisée entre juillet 2016 et septembre
2017. Elle a porté essentiellement sur les trajectoires familiales et l’histoire de
vie des enfants mendiants rencontrés dans les rues et grands carrefours de la
ville de Cotonou notamment au quartier Zongo et dans les environs du marché
international de Dantokpa. Le choix du quartier de Zongo se justifie par la
présence permanente des mendiants mineurs de toutes conditions physiques
(aptes, invalides). Le choix du Marché international de Dantokpa est lié au fait
que ses environs sont devenus de nouveaux lieux de prédilections des
mendiants, surtout béninois. A l’aide d’un guide d’entretien, 31 interviews
individuellesont été réalisées(avec 08 filles de 5 à 22 ans, 12 garçons de 9 à
17 ans puis11 adultes dont 5 proches des mendiants et 6 guides de
mendiants).Ilsont permis de répondre à la question de recherche posée.Les
informations sont recueillies à travers des entretiens non structurés sur les
trajectoires sociales : vécus avant, pendant la pratique de la mendicité, les liens
familiaux, le niveau de vie des familles, leurs activités et les raisons du choix
de la mendicité comme recours de survie ou comme ‘’métier’’, soit l’histoire
de vie de ces mendiants et guides de mendiants. Le choix des interlocuteurs a
fait l’objet d’un échantillonnage par choix raisonné, après des observations
directes et une enquête exploratoire. Les critères de choix des enfants, suivant
les différentes tranches d’âges sont : handicapés, non handicapés, non
scolarisés et déscolarisées.
Le choix des enquêtés a été fait par l’effet de boule de neige grâce à l’appui
d’un guide repéré pendant l’enquête exploratoire. L’effectif de 31 enquêtés a
été arrêté suite à la saturation des informations recherchées. Les entretiens ont
été conduits en Zarma, Yorouba, Fon, Dendi, Haoussa et en français. Les
informations recueillies ont fait l’objet d’analyse de contenu. L’observation
directe a permis de confronter les discours formels des acteurs des services de
la protection de l’enfance à la réalité quotidienne et à l’histoire de vie des
enfants mendiants.
2. Principaux résultats
Les résultats sont présentés autour des grands axes de l’enquête : la
connaissance des droits des enfants et de l’existence des institutions de prise
en charges des cas sociaux, la perception de la mendicité par les enfants
mendiants et leurs proches et leurs trajectoires sociales : les difficultés
auxquelles ils sont confrontés et leurs perspectives pour une meilleure sécurité
pour le mineur.
2.1. La connaissance des droits des enfants et de l’existence des
institutions de prise en charges des cas sociaux
Les résultats montrent que les enfants ne connaissent pas leurs droits. Pour les
guides de mendiants (adultes), les enfants n’ont pas de droits parce qu’ils ne
sont que des enfants. Ils ne connaissent pas leurs droits et les prescriptions de
la CDE. Leurs connaissances sur la protection des enfants concernent les
droits fondamentaux, à savoir : le droit à la protection, avec une définition
toute différente de celle de la CDE. La protection, ils la définissent comme le
fait de « préserver l’enfant de tout ce qui peut lui faire du mal » ; mais la
mendicité ne fait pas partir de ces choses qui peuvent faire du mal à l’enfant.
Le droit à la vie, à l’alimentation et à la santé sont les plus cités, même si le
sens et le respect de ces droits est relatifs dans leur entendement. Le droit à
l’éducation et à un logement sont les droits auxquels les interlocuteurs font
rarement référence. Quand il s’agit de logement et d’éducation, les mendiants
ont du mal à en parler comme d’un droit.

Encadré 1 : connaissance des droits des enfants
« Le respect des droits dépend des autres. Je sais que mon enfant a droit à
la santé ; mais si je n’ai pas l’argent pour l’hôpital, je peux le soigner
quand même avec des comprimés acheté au marché ou avec les feuilles
[…]. Si je n’ai pas de quoi payer la scolarité de mes enfants alors l’école
n’est pas un droit ». […]. Mes deux enfants sont avec moi. Quand je viens
seule, ce que je reçois ne nous suffit pas. Certains ont plus pitié des enfants.
Le droit c’est le pouvoir qu’on a de réussir à avoir quelque chose sans
effort. On ne dépense pas pour un droit, on reçoit c’est comme l’héritage
des parents […]. (Hoonon, mendiante, mère de mendiants mineurs).
Les choix de ce que doivent faire les enfants (participation ou volonté de
choisir leur avenir) sont réservés aux adultes. Les enfants, selon ces derniers
ne peuvent décider pour eux-mêmes. Ceux qui sont à Cotonou depuis au
moins trois (3) ans ont une perception plus souple de la protection et des autres
droits des enfants. Ils pensent que s’il y a de possibilités et des moyens,
l’enfant a le droit de choisir son avenir mais avec le conseil avisé de ses
parents. Pour ce qui est de l’existence des institutions de prise en charges des
enfants en situation difficile, les enfants moins âgés, entre 7 et 14 ans ne
connaissent pas dans leur majorité l’existence des centres de prise en charge
des enfants vulnérables. Par contre, les guides de mendiants connaissent tous
l’existence de ces centres. Mais ils font le choix ou sont contraints de ne pas
prendre contact avec eux, par peur de se voir refuser ce droit et d’être « la
risée de leur famille ».Une femme, mendiante et mère d’enfants mendiants
confit :
Encadré 2 : connaissance des droits des enfants
« Je me suis rendue dans le Centre de promotion Sociale pour obtenir de
l’aide mais, je n’ai pas pu avoir les papiers qu’ils ont réclamés ; car, je
n’ai même pas un acte de naissance. Je devais me rendre à Abomey pour
m’en faire. Je n’ai pas eu les moyens pour le déplacement. […]. Ils m’ont
dit sans les papiers, je ne pouvais même pas obtenir les frais de
déplacement ». J’avais des enfants à élever. Quand mon mari est décédé,
la belle-famille m’a sorti de la maison avec les enfants en m’accusant
d’avoir tué leur fils. Dans ma famille, mes frères et soeurs n’avaient pas
assez de moyens pour nous accueillir Je n’avais d’autre choix que de
quémander. (Gisèle, 42 ans, femme, handicapée-moteur ; mendiante au
marché international de Dantokpa, juin 2017)

Les enfants « handicapés sociaux » ont du mal à imaginer leur vie autrement
qu’en mendiant. Les handicapés sociaux sont ces enfants qui, après avoir
passé des années à mendier aux côtés des parents handicapés, n’arrivent pas à
se sortir de la mendicité bien quels ne soient pas fiers d’être des mendiants
après 12 ans. Mais, ils n’ont vécu de la mendicité et deviennent des
« mendiants instinctifs ». Ils ne voient aucune issue à leur situation. Ils ont du
mal à s’insérer dans le tissu social. En faisant allusion au Centre de Promotion
Social (CPS), c’est pour déplorer du fait que les « simples papiers » à fournir
les empêchent d’être pris en charge. Les formalités administratives constituent
une véritable entrave à l’appui des personnes non handicapées, jeunes mais
vulnérable. Pour ce qui est des personnes pauvres et vulnérables, les moyens
de preuve de leur indigence est l’obstacle majeur. Un autre mendiant précise :
Encadré 3 : connaissance des droits des enfants
« Je sais qu’il y a des centres pour nous aider. Mais dans ces centres, il
faut connaître quelqu’un pour être accepté. J’ai tenté de me faire accepter
dans un centre mais ils m’ont posé beaucoup de questions. […]. J’ai dit que
j’étais orphelin et je n’avais personne pour m’aider. Je voulais juste avoir
vingt mille francs pour faire un petit commerce de bonbons et de cigarettes
à Zongo ici. La dame a demandé d’apporté les papiers de mes parents. Je
ne pouvais même pas donner mon papier de naissance, je n’en ai pas ;
comment avoir pour mes parents ? Elle a dit il faut qu’on vérifie si mes
parents sont vraiment morts ou je devrais amener des papiers de leur décès.
J’étais découragé et je ne savais où aller. Je suis retourné plusieurs fois au
centre mais chaque fois on me disait que la dame qui avait discuté avec moi
n’est pas là. Ils demandent de déposer les papiers qu’elle a demandés. Moi,
je n’avais aucun papier. J’ai cherché du travail dans les boutiques mais
les gens ne me faisaient pas confiance parce que j’étais mal habillé, ils me
prenaient pour un fou ou un voleur. (Bouraïma, 27 ans mendiant et
‘’surveillant de mendiants à zongo).
« Je sais que j’ai le droit d’aller à l’école Mais si je n’ai pas les
moyens d’y aller, quoi ça sert ? […]. Le droit de manger et de me soigner
aussi, mais tout ça est difficile. Je pense que tout le monde n’a pas la même
chance. Je ne voudrais pas faire souffrir des enfants ; c’est pour ça je veux
pouvoir travailler pour vivre mieux ». (Moïse, 14 ans, garçon, mendiant
occasionnel à Zongo, août 2017).
Les démarches administratives sont difficiles à mener, en conséquence,
puisque les personnes concernées sont jeunes et non scolarisés pour la plupart.
Dans ces cas, l’existence de ces structures d’aide ne signifie plus sécurité pour
ceux-ci, ils pensent que ces dispositifs ne les concernent pas. Tel que la

souligné HELUS (2007) dans la « motivation psychologique », c’est lorsqu’il
y a de l’espoir d’obtenir quelque chose que l’on peut persévérer. Les enfants
confrontés à des situations difficiles n’ont pas des tuteurs disposés à les
accompagner dans les démarches pour leur prise en charge. Sans repères en
ville, ils se tournent souvent vers la mendicité.
2.2. Perceptions de la mendicité par des adultes
La mendicité est définie comme le fait de quémander et la condition de celui
qui attend de la générosité des autres pour survivre. Cette définition renvoi à
l’origine du mendiant à son activité et à son état physique ou psychologique.
Les mendiants considèrent la mendicité d’abord comme une situation
dégradante. Il la considère comme le « dernier recours pour sauver une vie ».
Encadré 4 : perception de la mendicité des enfants
«Je suis d’Abomey mais je vis à Cotonou depuis plus de trente ans
maintenant. J’ai étudié jusqu’en classe de CE2. Je me suis mariée à un
menuisier. Je faisais le commerce et lui son travail marchait. A la mort de
mon mari, j’ai été obligé de quitter la maison qu’il avait construite à
Womey sur ordre de la belle famille. Je suis retournée chez mes parents qui
n’avaient pas suffisamment de moyens pour me supporte avec mes quatre
enfants. J’ai commencé le commerce de charbons de bois. Avec le temps,
les enfants grandissaient et je ne pouvais plus seule m’en occuper. Le plus
grand était au CM1 a dû laisser l’école suivi de sa soeur du CE1 pour
m’aider. Je ne pouvais pas aller chercher la marchandise moi-même je
confiais à des secours des amies qui me grugèrent jusqu’à ce que je fasse
des pertes et le commerce est tombé en faillite. Je suis allée ma soeur à
Hêvié pour m’installer dans une cabane qui lui servait de boutique avec es
enfants. Alors ma soeur m’a proposé de venir avec elle à Tokpa pour
demander de l’aide. Au début c’était pour reconstituer mon capital mais le
temps passait et je ne pouvais plus arrêté. […]. Bien sûr au départ j’étais
gêné, j’avais peur que quelqu’un me reconnaisse, j’avais honte. Mais voir
mes enfants souffrir m’a donné le courage d’affronter les regards et même
des connaissances qui finissent par compatir et passent à la maison pour
donner cinq cent, mille francs aux enfants. […]. Ici à ‘’Tokpa’’ les gens
sont retissant à donner surtout comme je suis béninoise. Certains pensent
que c’est de l’escroquerie ou la paresse. […]. Je change souvent de place.
Je reste parfois à l’entrée du marché de Tokpa ou au marché Saint-Michel.

Cela fait maintenant six ans que je vis ainsi. […]. Le dernier enfant a
maintenant onze ans. Le premier a 20 ans. Il apprend la menuiserie. Il
fabrique des petits trucs qu’il vend mais c’est toujours dur à la maison. Je
viens ici avec le petit à 10 heures et nous rentrons à dix-sept heures à la
maison. Je ne viens pas tous les jours et tout moment. La saison des pluies
je fais un peu le champ. Mon grand fils m’aide, comme moi je ne peux pas
cultiver je fais un peu de commerce. C’est vrai, je pense qu’un enfant ne
doit pas souffrir comme c’est le cas de mes enfants, mais je n’ai pas le
choix.il vaut mieux qu’un enfant mendie que de voler, le vol est pire, on
peut le tuer. […]. (Gisèle, 42 ans, femme, handicapée-moteur ; mendiante
au marché international de Dantokpa, juin 2017).
La mendicité est présentée par les personnes impliquées comme une nécessité
de survie ; mais celle des enfants est aussi incomprise et désapprouvée par les
parents ou proches des enfants, bien qu’ils tentent de le justifier. L’enquête de
terrain a permis d’identifier différentes perceptions de la mendicité en rapport
la sécurité et la protection de l’enfant. Au niveau des acteurs de la protection
de l’enfant, les textes sont mis en avant :
Encadré 5 : perception de la mendicité des enfants
« Même si les textes n’avaient pas cité la mendicité comme un phénomène
qui met en danger la vie et la sécurité de l’enfant, il n’est pas bienséant de
laisser trainer les enfants dans la rue ! Cela n’honore pas notre société.
[…]. En se référant aux textes de loi nationaux et internationaux, la
mendicité des enfants est un acte répréhensible, car les géniteurs que nous
sommes, avons le devoir de protéger les enfants et de les nourrir. Le travail
de l’enfant dans la famille, c’était juste un appui par le plaisir de
l’apprentissage. La mendicité fait de l’enfant celui qui non seulement doit
se prendre en charge mais aussi le gagne-pain de la famille. Les parents
pensent que gens peuvent avoir de la pitié pour les enfants et donner plus
facilement. De ce fait, ils ne cherchent même pas à faire des démarches
pour leur prise en charge. Pur eux les enfants sont des ‘’gagne-pain’’. Cette
tendance est due à la situation socioéconomique difficile que traverse
certaines familles qui ont souvent beaucoup d’enfants à charges ».
(Responsable d’un Centre de Promotion Sociale, juillet 2016).

Pour les guides (surveillants) de mendiants et les parents, la mendicité des
enfants est une nécessité de survie :
Encadré 6 : perception de la mendicité des enfants
« Les gens sont moins généreux maintenant. La vie est dure pour tout le
monde. Même si les gens croient à la religion, ils n’ont pas assez pour
donner à tout moment. Pour avoir beaucoup de dons, je viens avec mes
enfants. Ils se répartissent sur différents endroits mais je fais attention
qu’ils ne soient pas loin de moi pour les surveiller. Je veille sur ces enfants
pour les défendre. […].Il y a beaucoup de voleurs d’enfants. la dernière
fois une soeur est venue de Maradi a confié ses enfants à un monsieur pour
qu’ils aillent demander l’aumône et il n’est plus revenu avec les deux
enfants. Cela fait un an maintenant. Personne ne sait ce qu’ils sont devenus.
Je les amène ici car ; c’est ici que nous vivons, derrière la banque.Les
enfants attirent vite l’attention des passants. Ils trouvent très souvent plus
d’argent que moi. Celle qui est avec moi, je l’aide parce qu’elle ne peut pas
se déplacer seule. Elle restait devant le marché là-bas et le jour de la prière,
comme l’étalage de mon frère est à côté, elle me demande de l’aider à
traverser la voie pour aller mendier devant la mosquée et profiter
l’aumône. […]. Sauf le jour de prière, c’est difficile de trouver beaucoup
de chose devant le marché. Maintenant je l’aide à rester dans les
carrefours. Parfois on a la chance. (Salif, 32 ans, garçon, guide de
mendiant handicapé-moteur et surveillants d’enfants, août 2017).
La mendicité est devenue complexe avec sa pratique par des mineurs. Les
guides de mendiants sont devenus presque des exploitants d’enfants. Ce sont
des jeunes enfants qui accompagnent et guident des adultes handicapés, pour
quémander dans les carrefours. Ces enfants s’approchent des véhicules en
marche, en arrêt aux carrefours des feux tricolores. Les enfants sans abris,
ayant fuis les familles à cause des difficultés, se retrouvent piégées par des
« trafiquants » qui leur dictent leur façon de vivre. Ils les envoient mendier et
leur fixent un montant à ramener le soir pour garantir leur sécurité. Il n’existe,
dans certains cas, aucun lien de parenté entre les guides de mendiant et la
personne handicapée. La personne handicapée sert d’appât pour attirer la pitié
et la générosité des passants. Au-delà de l’aide que ces guides de mendiants
peuvent constituer pour les handicapés, le handicap est devenu un objet
marchant qu’on expose au soleil et sous la pluie pour tirer le maximum de
bénéfice. Pour les responsables spirituels, la mendicité est le résultat de

l’existence des gens sans ressources et de la générosité que doit manifester un
croyant envers ces personnes. Fondamentalement : quel est l'avis religieux
concernant la mendicité ?


2.3. Perception de la mendicité par les religieux
Encadré 7 : perception de la mendicité des enfantspar les religieux
« La mendicité n'est pas autorisée sauf dans trois cas que le Prophète (Salla
Allah `Alaihi Wa Sallam) a détaillé dans le Hadith authentique rapporté
par Mouslim dans son Sahîh, d'après Qabîsa ibn Moukhâriq Al-Hilâlî Il
(Qu'Allah soit satisfait de lui), lorsqu'il dit (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam):
Certes la mendicité n'est autorisée que pour trois types de personnes :
une personne s'étant chargée de verser une somme afin de mettre
fin à une querelle. La mendicité lui est alors autorisée jusqu'à ce
qu'il obtienne la somme désirée ;
une personne ayant subi une catastrophe qui détruisit ses biens.La
mendicité lui est alors autorisée jusqu'à ce qu'il puisse satisfaire
ses besoins primordiaux.
une personne victime d'une extrême pauvreté, dont peuvent
témoigner trois personnes raisonnables parmi ses proches.
La mendicité lui est alors autorisée jusqu'à ce qu'il puisse satisfaire ses
besoins primordiaux." "En dehors de ces cas-là, […], tout bien acquis par
mendicité est illicite, et son propriétaire en fait alors usage illicitement."
[…]. Celui qui est dans la nécessité, il n'y a pas de mal à ce qu'il demande
en fonction de ses besoins. »(Cheikh 'Abdel-'Azîz Ibn 'Abdi-llâh Ibn Bâz
(http://www.islamhadithsunna.com/la-mendicite-a117377136). Consulté,
le 26 août 2016.
La mendicité est bien cadrée par l’Islam. Mais les non-dits restent la mendicité
des enfants et leur présence dans la rue. S’il est précisé que seul le nécessiteux
est autorisé à mendier, ce n’est pas pour autant que les parents sont autorisés
à exploiter les enfants à cette fin. Les grandes victimes sont les enfants en
situation de manque de soins fondamentaux : moins de deux repas par jours.
Dans un milieu islamisé et attaché aux formes anciennes de solidarité, la
mendicité peut aussi avoir une signification sociale de l’aumône:

Encadré 8 : perception de la mendicité des enfantspar les religieux
« Nous ne pouvons pas interdire la mendicité. En ville, il est difficile de
savoir qui est nécessiteux et qui ne l’ai pas. Si des donateurs viennent, les
mendiants en profitent. L’aumône est un des piliers de l’Islam. Donc en
laissant aux mendiants la possibilité d’être à côté des fidèles dans les lieux
de prière, nous leur permettons aussi d’accomplir les recommandations du
Prophète (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam). Le don des fidèles, favorise aussi
le rapprochement du donateur vers Dieu. En ce sens le mendiant remplit
une fonction sociale et spirituel pour les croyants, ce qui de fait légitime
son statut, quel que soit son âge. […]. Quant à la traite des enfants dans la
mendicité, ce n’est pas bien de maltraiter les enfants. Les cas que nous
connaissons ce sont des femmes qui ont eu des enfants dans leur parcours
et n’ont personne pour les garder. Ces enfants finissent aussi par mendier
une fois qu’ils ont grandi. […]. Ils n’ont pas appris à travailler.
(Responsable religieux, 42 ans, homme, Zongo, septembre 2017).
C’est par dizaines qu’on voit des enfants déambuler dans les carrefours aux
feux dans la ville de Cotonou, sans que cela inquiète les autorités communales
et même étatiques. Certains tentent de justifier cette mendicité, en s’appuyant
sur des logiques religieuses visant à éduquer les enfants. Mais la mendicité
sert-elle à éduquer ? Peut-être une firme d’éducation qui engendre des
handicapés sociaux : des enfants qui prennent le goût de la facilité et qui se
refusent tout effort de devenir indépendant à la majorité. En effet, ces enfants
dont certains sont déjà âgés de plus de 12 ans sont incapables de supporter la
moindre prestation pour subvenir à leur propre besoins. Ils ont durant leur
jeune âge accompagné leurs proches dans les rues pour mendier. Ils n’ont
aucune notion de ce que signifierait ‘’travailler pour gagner son pain’’.
Encadré 9 : perception de la mendicité des enfantspar les religieux
« La Bible nous appelle à aider les pauvres ; mais notre responsabilité
estd’aider ceux qui en ont vraiment besoin. La mendicité est un fléau. La
pauvreté ce n’est pas une raison pour être un mendiant. La Bible
recommande à tous de travailler pour vivre. Si la personne est handicapée,
sa famille doit la soutenir. Les chrétiens s’entraide c’est pour cela qu’il y
a mois des gens qui fassent la manche devant les Eglise » (un Responsable
religieux ; 65 ans, homme, septembre 2017).

De l’avis de plusieurs interlocuteurs, la mendicité est reliée à un manque de
ressources financières pour satisfaire les principaux besoins de base. Elle est
liée à la pauvreté qui est le manque d’argent pour réaliser leurs besoins
personnels et ceux de leur famille. D’autres lient la mendicité à la paresse des
personnes physiquement et mentalement bien portant et au manque
d’initiatives des autorités pour en finir avec le déséquilibre économique au
sein des populations. Ce sont des personnes vulnérables. La vulnérabilité étant
un manque de soins de base. Elle se manifeste par une incapacité à manger à
sa faim, ou à manger la nourriture de son choix, ou encore l’incapacité à
nourrir convenablement sa famille.
Encadré 10 : perception de la mendicité des enfants par les adultes
comme une nécessité de leur survie
« les enfants mendient parce qu’ils n’ont pas le choix ! les parents sont
incapables de pourvoir à leurs besoins. Aujourd’hui chacun ne pense qu’à
ses propres enfants et la grande famille, on ne compte plus dessus. Moi, je
suis obligée d’amener mes enfants ici ; au moins je peux les surveiller. Le
plus grand m’aide à me déplacer et les autres demandent l’aumône aussi
aux passants. Quand ils sont malades, je peux au moins les soigner et ils
mangent tous les jours grâce à ça. Il ya eu des jours où j’étais malade ils
sont restés sans mangés, c’est depuis ce temps j’ai dit qu’il vaut mieux
qu’ils viennent avec moi ici. (Halima, 47 ans, femme, handicapée-moteur ;
mendiante à Dantokpa, septembre 2017).
Pour certain le fait de ne pas pouvoir mettre ses enfants à l’école est un signe
de pauvreté. Au fur et à mesure que les enfants grandissent les charges
augmentent et accentuent les difficultés. Cette situation donne du stress à la
personne responsable des enfants au point où il peut quitter la maison et partir
soit avec les enfants ou seule. Une mère d’enfants mendiants témoigne :
Encadré 11 : perception de la mendicité des enfants par les adultes
comme une nécessité de leur survie
« j’ai quitté ma famille qui est à Parakou, parce que je ne pouvais plus
supporter la souffrance. Je suis partie en aventure car je ne connaissais
personne ici (à Cotonou). J’ai suivi un transporteur de gros camion. Dès
mon arrivée, je dormais ici (le parvis de la mosquée). Je lavais les habits

pour les gens dans les maisons pour s’occuper de mon enfant. Maintenant,
je viens ici tous les vendredis et les jours de fête pour que les enfants
profitent des ‘’dons’’. Ça nous permet de profiter pour quelques jours des
repas que nous recevons ici. J’ai six enfants, mais un est décédé, (le
troisième). Les deux premiers qui sont des garçons vont à l’école. L’un est
au collège en 6ème et l’autre au CE2. […]. Prendre de l’aumône ça m’aide
beaucoup. Je suis seule à m’occuper des enfants. Le père des premiers est
à Parakou et il ne sait pas où sont les enfants depuis que je suis ici. Les
autres, je l’ai ai eu ici.[…]. Je vis seule avec mes enfants. Les plus grands
m’aident à s’occuper des petits quand je vais laver les habits dans la
journée.
Ces mères se déguisent en prostituée les soirs. Elles acceptent de ne pas se
protéger avec des préservatifs pour gagner plus d’argent. Quand elles
contractent des grossesses, elles doivent les assumer seules. De même, les
enfants nés dans ces conditions, notamment les filles finissent par devenir des
« travailleuses de sexes ».Le phénomène est assez perceptible à Zongo, à
Gbegamey et à Jonquet. Elles sont exposées aux maladies sexuellement
transmissibles y compris le VIH/SIDA. Les filles mineures de plus en plus
présentes dans les réseaux de prostitution. A leurs dires, pour la plupart, ce
sont des jeunes de nationalité béninoise, et ne sont pas détentrices de pièces
d’identité. Mais on y trouve d’autres nationalités notamment des togolaises,
des nigérianes. Les mineurs sont souvent sous la tutelle de personnes plus
âgées qu’elles et présentées comme leurs parents. Mais, au bout des échanges
on peut se rendre compte qu’il n’existe pas de lien de parenté entre eux. Les
quelques cas où le guide est un parent au mendiant, la famille est installée à
Cotonou et les deux rentrent à la maison le soir. Le guide n’est souvent pas le
même. Les petits enfants ou proches se relayent.
Encadré 11 : perception de la mendicité des enfants par les adultes
comme une nécessité de leur survie
« j’étais avec ma tante. Je travaillais dans sa boutique et elle ne me payait
pas. J’ai rencontré un militaire qui a promis me marier. Il achetait tout en
rentrant souvent les weekends et quand les provisions finissent, je dois
attendre qu’il soit là pour sortir ; sinon, il me battait, même quand je sortais
pour aller au marché. Sa cousine était dans la concession et lui racontait
au téléphone quand je sortais de la maison. J’en avais assez, je suis partie.

J’ai rencontré une copine qui m’a hébergé. Dans la journée je vends des
fruits au bord de la voie. Ces là que parfois je rencontre des hommes qui
me proposent de rendez-vous le soir ou un autre jour. Quand ce n’est pas
le cas,avec ma copine on sort les soirs pour avoir de quoi satisfaire nos
besoins. Ils me proposent parfois de coucher avec eux sans préservatif en
doublant le prix. Quand c’est des clients que je connais, j’accepte. Je suis
tombée enceinte d’un client que j’aimais beaucoup ; mais depuis il n’a plus
voulu de moi. Cela fait deux ans maintenant ». Je faisais croire à mes
parents que j’étais en apprentissage. Je leur envoyais de l’argent de temps
à autre […]. Je viens ici les vendredis pour la bénédiction et le « sadaka »
(aumône).
(baekissa, 21 ans, fille, mendiante occasionnelle).
Les travailleuses de sexe sont souvent des anciennes filles en situation difficile
placées ayant quitté des tuteurs pour se retrouver à la rue ou des enfants de
mendiant handicapés devenues majeurs. Elles se font passer pour des
vendeuses ambulantes mais c’est l’occasion pour elle de faire des rencontres
avec des hommes. Pour ces filles, il est difficile de vivre autrement. Chaque
jour est un défi pour accéder à une vie saine. Réussir à survivre pose aussi de
nombreux défis surtout aux enfants qui vivent dans un environnement
insalubre. Elles voient leur santé se dégrader sans pouvoir se prendre en
charge. Elles assument seules les grossesses contractées et les enfants sans
père.
Pour certaines, devant cette grave et embarrassante situation de grossesse, il
n’y a que trois possibilités : Accepter son sort, se faire avorter dès les premiers
signes, ou tout simplement éliminer cet indésirable, après sa naissance et s’en
débarrasser dans une décharge publique ! Une mauvaise conduite réprouvée.
Pour les enfants nés dans ces conditions, sans soutien de la part des grands
parents ou proches de la fille-mère, trainant dans les rue à longueur de journée,
ils n’ont appris à rien faire et devient des « handicapés » sans infirmités. Ils
sont incapables de s’intégrer et de travailler pour survivre. La mendicité et la
prostitution s’offre à eux comme une évidence. Les filles-mères sont obligées
d’exposer aux passants des petits enfants, parfois des nourrissons pour
mendier. En voyant cette malheureuse scène, on se pose souvent la question
sur la légitimité de ces enfants et les raisons de cette « misérable aventure ».

2.4. Perception de la mendicité par les enfants
Les enfants lient la mendicité à la pauvreté pour la définir comme un ensemble
de représentations et de pratiques. En effet, pour eux de façon générale, c’est
le fait de demander de l’aide aux autres pour subvenir à ses besoins. Ce qui
est la conséquence de l’incapacité à satisfaire certains besoins fondamentaux
(l’incapacité d’accéder aux soins de qualité en cas de maladie, le déficit d’une
alimentation de bonne qualité, santé, éducation), dû à la pauvreté. Les enfants
perçoivent la mendicité comme une épreuve, une fatalité. Ils pensent que le
manque de moyens de leurs parents ou tuteurs, pour satisfaire à leur besoin ne
leur permet pas de vivre normalement et les exposent à toutes sortes de
problèmes (maladies, sous-alimentation ou mauvaise alimentation et même la
mort.
Encadré 12 : perception de la mendicité des enfants par les enfants
comme manque de moyens pour se soigner et se nourrir
« C’est le manque de moyens des parents qui fait que les enfants vont
mendier. Les enfants eux-mêmes ne peuvent pas se prendre en charge
quand ils sont malades ; ils ne sont pas soignés parce qu’ils n’y a pas
d’argent pour aller à l’hôpital. Ce que les enfants trouvent dans la rue, ils
aident les parents avec ça. Il y a des enfants qui préfèrent aller au marché
pour travailler ; mais beaucoup les traitent comme des voleurs et ce n’est
pas facile de se faire accepter. On a peur tout le temps d’être battu. On
mange à peine deux fois dans la journée, on dort peu. Moi, je me réveillais
à 5h du matin à l’heure de la prière pour ranger les sacs de couchage avant
le lever du jour. Je vais très tôt sur la voie pour trouver ce que mes petits
frère vont manger le matin avant que ma mère ne vienne rester avec eux au
carrefour. Comme elle était aveugle, elle restait sur place avec mes petits
frères (jumeaux de 4ans). Je vais à un carrefour plus loin et je reviens les
voir de temps en temps. […]. Un jour une moto a failli cogner mon frère
qui voulait prendre la pièce que quelqu’un avait lancé. C’est pourquoi je
reste avec eux maintenant depuis la mort de notre mère. […]. Elle est
décédée à l’infirmerie (clinique) elle était malade et on n’avait pas
d’argent. J’ai amené le papier de médicament remis par le docteur à sa
soeur qui était au marché de Zongo mais elle n’avait pas aussi d’argent. A
l’hôpital, Si tu n’as pas d’argent, tu restes sans soins, et tu peux mourir

[…]. C’est le manque de moyens qui fait que les parents ne nous donnent
pas ce que nous voulons.
Les parents ne peuvent pas nous envoyer à l’école. La mendicité n’est pas
mauvaise ; elle permet d’avoir de l’argent et des vêtements pour vivre. Je
n’irai pas voler grâce à Dieu. Mais le travail des enfants n’est pas mauvais
si un enfant travaille pour aider ses parents. C’est mieux que de placer les
enfants pour prendre de l’argent, il y a des gens qui maltraitent les
enfants ». Si tu es mendiant, s’il plait à Dieu tu peux trouver des gens
généreux pour te donner quelque chose. Ici à Zongo, c’est souvent l’argent.
Des gens m’ont proposé de les suivre pour travailler à la maison mais j’ai
peur. Je préfère être ici. […]. Je ne sais pas si je peux quitter ici un jour.
Je ne sais rien faire. Quand j’essaye de travailler au marché, je tombe
toujours malade. Depuis que mes frères peuvent mendier seuls sans mon
aide, j’ai trouvé un grand frère qui m’a confié sa grand’mère aveugle ; elle
est aussi comme ma grand-mère ; je l’aide à aller au carrefour pour
demander l’aumône. On partage ce qu’on trouve. C’est parfois peu. Après
17h je vais aider les femmes du marché à ranger leur boutique pour avoir
quelque chose. (Mamoudou, 21 ans, garçon, mendiant à Zongo)
La mendicité des enfants est liée aux mauvaises conditions de vie des parents.
En effet, ce sont généralement des familles monoparentales où le parent
responsable de l’enfant n’arrive pas à subvenir aux besoins fondamentaux de
son enfant. Soit le parent porte un handicap quelconque ou encore un parent
invalide ou pauvre. Cette situation a de fortes probabilités de se reproduire
avec l’enfant qui a été tout le temps entraîné par son géniteur dans la
mendicité, ses peines et souffrances, au point où l’enfant reste marqué par les
états d’âme de son environnement social. Dans des situations difficiles,
l’enfant n’a d’autres réconforts que lui-même. Il persistera alors à demeurer
dans cette situation de mendicité étant donné que c’est ce qu’il a appris à faire.
Ainsi, la fragilité de l’enfant commence le plus souvent dès le plus jeune âge.
Il a plus de chance d’être éduqué à la précarité et de se voir ses perspectives
se réduire ou s’amenuiser au fil des temps si les conditions de vie de ses
parents ne s’amélioraient pas. En effet, dans la plupart des cas, les enfants
mendiants proviennent de familles pauvres. Du fait que l’enfant est par
définition « un être immature, en construction, un Homme en devenir »
(CDE), et la perception sociale autour de son importance comme étant la
relève de sa famille, font de lui un être vulnérable qui mérite d’être protégé.
1
L’enfant fait face à la mendicité comme la conséquence de l’incapacité des
parents à faire face à leur responsabilité. En conséquence, en grandissant, ceci
altère la relation entre parents et enfants. Les enfants deviennent ‘’rebelles’’
vis-à-vis des parents et deviennent autonomes de façon prématurée. En
conséquence, quand ils s’en vont, ils ne sont retenus par aucune affection qui
puisse les ramener vers les parents.
Encadré 13 : perception de la mendicité des enfants comme l’incapacité
des parents à faire face à leur responsabilité
« avoir de bons parents c’est une chance. Personne ne souhaite devenir
mendiant. Si j’avais de bons parents qui avaient des moyens pour
m’envoyer à l’école je serai heureux. Mais, ils ne savent même pas où je
suis maintenant. J’ai quitté ma maison et ma famille à 11ans pour suivre
mon oncle transporteur. Mes parents se disputaient tout le temps et j’ai
décidé de quitté la famille. (Brahim, 13 ans, garçon, mendiant à Zongo).
« Je viens ici les vendredi pour profiter de l’aumône. Je vis à Porto-Novo
avec ma mère et ma grande soeur. Un jour, une amie de ma mère est venue
lui dire qu’elle avait besoin de quelqu’un pour l’aider à vendre dans sa
boutique. Comme on n’a pas assez de moyens, ma mère a accepté que je
parte avec elle. J’avais 16 ans. Je n’avais pas le choix. A la frontière, elle
a dit que j’étais sa fille. Je ne savais pas où on m’amenait. Je faisais tout
ce qu’elle me demandait. Quand nous avons quitté la frontière, un
Monsieur est venu me remorquer sur moto. Il passait dans la brousse sur
des petits sentiers et j’avais peur parce que je ne savais pas où la dame qui
voyageait avec est passée. Le monsieur m’a amené dans une maison et il a
dit que je devais attendre que la dame arrive. Heureusement la dame est
vite arrivée, j’avais très peur et je ne pouvais que faire confiance qu’à elle
seule. Arrivée au Nigéria (Badagri), elle m’a confié à un monsieur et on
vendait ensemble dans la boutique. Après, le monsieur est parti et je
travaillais avec elle. Dans les mois qui ont suivi, quand elle sort et elle
revient, elle m’accusait régulièrement de voler ses marchandise et me
battait et ne me donnais pas à manger. Je n’en pouvais plus de la souffrance
et je suis partie. J’ai rencontré quelqu’un qui voulais m’aider. […]. J’ai
passé un an avec lui. Je n’aimais pas ce qu’il me proposait de faire. c’était
difficile et quand je suis tombé enceinte, ‘auteur ne pouvait pas assumer la
grossesse. J’ai dû mendier pour trouver de l’argent et revenir chez ma
mère. Elle est allée dans les bureaux de la microfinance pour tenter d’avoir

un prêt pour son commerce. Elle vend de « divers » avec ma grande soeur.
Je pense que ma famille va m’aider à élever mon enfant quand il naîtra.
Sinon, je vais encore me débrouiller pour le faire. Je n’ai pas appris à faire
quelque chose pour me suffire seule. Je souhaiterais apprendre un métier
si je trouvais les moyens. (Barkis, fille, 22 ans, enceinte et mendiante
occasionnelle à Zongo).
Encadré 14 : perception de la mendicité des enfants : la mendicité est
une nécessité de survie pour certains orphelins et enfants vulnérables
« Quand mon père est décédé, ma mère a quitté chez nous pour aller chez
ma grand-mère. Elle nous insultait chaque jour. Ma mère pleurait. Ça me
faisait mal mais je ne pouvais rien. J’aurais voulu aller à l’école pour
réussir et l’aider à s’en sortir mais on n’avait pas les moyens. Ma mère
était obligée de mendier et moi aussi. Au début, on disait que c’est les
musulmans seuls qui peuvent demander l’aumône devant la grande
mosquée. Je suis venue avec ma mère quand-même. Ça a marché. Après sa
soeur l’a convaincue d’aller vers le marché. C’est pour cela que je suis seul
ici. Le soir, je vais la trouver là-bas et nous rentons à Hêvié. (Sèdjro, 15
ans, garçon. Mendiant occasionnel à Zongo).
Lorsqu’un enfant perd l’un de ses parents, il se retrouve sans suivi ou livré à
lui-même. Il devient vulnérable et candidat susceptible de virer à la
délinquance ou à la prostitution. Cette situation fait naître des adulte précoces,
une autonomisation forcée afin d’assurer leur survie. L’autorité parentale
n’existe plus pour eux et le parent vivant n’a aucune emprise sur les enfants
dans ces cas.
Encadré 15 : perception de la mendicité des enfants : la mendicité
est un choix face à ‘’l’incapacité sociale acquise’’
« J’ai essayé d’arrêter mais chaque fois que je commence au marché,
je tombe malade ». (Mamoudou, 21 ans, garçon, mendiant à Zongo)
Certains enfants, à leur majorité au lieu de chercher du travail vont vers la
mendicité. A priori, ils le font par choix. Mais les contraintes sociales des
parents qui les ont obligées à mendier constitue une pesanteur contre laquelle
seule, ils n’arrivent pas à s’en tirer. Dans ce cas, la prise en charge n’est pas

seulement sociale, économique ou même financière mais beaucoup plus
psychologique. Ces enfants sont des physiques aptes mais socialement
handicapés.
2.5. Prise en charge des « handicapés sociaux »
De manière générale, les enfants ne connaissent pas leurs droits, ou du moins
ne savent pas qu’il existe en cadre formel de la protection de leurs droits. Ceux
qui en savent peu (ceux ayant fréquenté l’école) citent les plus élémentaires
mais fondamentaux à savoir : l’éducation, l’alimentation et la santé. Ce sont
également les moins respecté chez les handicapés sociaux. Au niveau national,
en partenariat avec le système des Nations Unies, la coordination du respect
des droits des enfants est assurée par l’UNICEF. Il est chargé de protéger les
enfants par la prise en compte de leur intérêt supérieur à travers la mise en
oeuvre de la Convention des Droits des Enfants et de la « Convention sur
l’Elimination des Discriminations à l’égard des femmes ». Quatre principes
résument les droits humains. Il s’agit de :
- l’universalité ; la CDE s’applique à tous les enfants ;
- l’indivisibilité (tous les droits sociaux, culturels, économiques, civils
et politiques sont indivisibles et interdépendants ; la programmation
opère des choix prioritaires en accordant une attention particulière aux
situations les plus urgentes et aux interventions stratégiques) ;
- la recevabilité ; les autorités étatiques sont les débiteurs des droits des
enfants ;
- la participation ; les enfants, détenteurs de droits doivent participer au
processus de réalisation de leurs droits et les débiteurs de leurs droits
doivent faire en sorte qu’ils soient rendus capables de les réclamer.
Ainsi, les institutions en charge de la protection de l’enfance devraient faire
des sensibilisations allant dans ce sens pour garantir l’apport des enfants dans
leur survie et leur développement. Comme l’on fait remarquer P. GILLIARD,
L. et Denon (1996 ; pp51-60), il existe plusieurs types de mendicités. On en
trouve à Cotonou, plusieurs types mais également plusieurs formes. Les types
de mendicité que l’on rencontre sont :
- une mendicité saisonnière. Ce type mendicité est pratiqué par des personnes
venues des milieux ruraux ou du Sahel pour se réfugier en ville pendant la
période de soudure. Ce mouvement de personnes très jeunes ressemble à de
l’exode rurale pendant la période sèche. Elle se présente sous deux formes :

1) des personnes (jeunes) généralement sans infirmités qui sollicitent
uniquement de l’argent aux passants ; 2) des jeunes entrent dans les quartiers
pour faire des petits travaux de maison moyennant quelques pièces ;
- une mendicité occasionnelle : ce sont des enfants mendiants devenus majeurs.
On distingue également deux formes. 1) du fait qu’ils n’ont aucun handicap
physiques, il est difficile pour ces jeunes mendiants d’obtenir facilement des
« dons » dans la rue. Alors, ils attendent les jours de prières comme les
vendredis pour se rendre sur l’esplanade des mosquées et les dimanches, à
l’entrée des églises pour recevoir les « sadaka » (aimône) des fidèles ; 2)
quand ils ont du mal à subvenir à leur besoins après avoir passé des années à
mendier aux côtés de leurs parents handicapés, ils n’ont pas appris à
travailler. Ils deviennent des guides permanents de mendiants handicapés. Ils
les accompagnent dans les rues, dans les carrefours aux feux tricolores pour
continuer sous une autre forme cette mendicité devenue leur métier. En cas de
décès du parent handicapé, commence les situations difficiles qui peuvent les
pousser fatalement à la délinquance ;
- la mendicité permanente : elle est liée à des difficultés consécutives à un
handicap, une situation de difficulté et d’incapacité d’une personne à travailler
pour survivre. En l’absence de toute solidarité des familles, la mendicité
devient la seule source de revenue, un métier à vie ;
- une mendicité liée à la religion et les mauvaises interprétations des textes
« sacrés » dans le contexte urbain. En effet, en ville, il est difficile de
distinguer les pauvres. Bien que les textes « sacrés » définissent les situations
où l’on peut recourir à la mendicité, les déviations récentes dans le contexte
urbain laissent à désirer. On rencontre des personnes qui se font passés pour
de « musulmans » ou des handicapés, juste pour bénéficier des faveurs des
fidèles.
« je viens ici les vendredi profiter de « sadaka ». […]. L’habit n’est rien,
c’est seulement pour se conformer aux autres, je ne fais pas la prière,
mais je suis croyante aussi ». Ma voisine est vendeuse ambulante et va
avec son enfant les autres jours; mais les vendredis comme je ne vais pas
chercher à laver les habits, elles me laissent venir avec son enfant qui a le
même âge que le mien (Rabiath, 32, femmes, mendiante occasionnelle à
Zongo).
Dans ces cas, les enfants sont utilisés comme des mirages pour attirer des
personnes sensibles aux âmes innocentes que sont les enfants. Ils sont habillés

de manières identiques pour donner l’impression que ce sont des jumeaux. La
mère est débraillée, les enfants aux pieds nus, comme si la misère était
finalement une source de richesse !
2.6. Discussion
La responsabilité de l’Etat est engagée quand des enfants qui doivent être à
l’école sont gardés sous le soleil et les fumées d’échappement des moteurs à
longueur de journée, par des parents bien portants qui ne sont pas inquiétés.
Ces enfants deviennent des handicapés sociaux une fois majeurs parce que
incapables de s’auto-prendre en charge autrement qu’en mendiants. Ils sont
les oubliés de la République qui prônent, la fraternité, la justice et le travail.
La situation des handicapés séquestrés à domicile et passée à la
commercialisation des handicaps des enfants. Certains qui étaient des victimes
désignées de la tradition à cause de leur handicap sont devenus des objets
d’enrichissement depuis leur bas âge. Le handicap est devenu une
« marchandise » qu’on expose pour attirer la pitié et la générosité des passants.
En grandissant ainsi, ces enfants deviennent incapables de s’insérer dans le
tissu social pour se prendre en charge, même étant bien portant sur les deux
plans physique et mental. La pauvreté due parfois à la mauvaise répartition
des ressources publiques sur les secteurs prioritaires tels que la protection de
la famille productrice de richesses, accentue la pauvreté et expose les plus
vulnérables : les enfants. L’incapacité des parents à faire face à leurs
responsabilités d’éduquer et de protéger les enfants font d’eux les premières
victimes de la mendicité. Un enfant vulnérable ne peut pas être en bonne santé
et s’occuper de ses parents quand ils seront vieux. Ce qui entraîne l’abandon
des personnes du troisième âge. Les privations vécues par les enfants sont
répercutées sur les personnes du troisième âge, abandonnées par leur
progéniture incapable de leur venir en aide. Pour des enfants handicapés, la
responsabilité des parents laissent place à des comportements dégradants pour
la personne handicapée qui est déshumanisée et exposée dans la rue. Les
enfants sont ainsi assujettis à la redistribution des rôles par les personnes plus
âgées et le plus souvent au profit de ces dernières. Les parents ou tuteurs
exploitent les enfants comme une main d’oeuvre servile et participent à la
recrudescence de la mendicité des enfants comme étant des stratégies
économiques de survie pour les familles pauvres vivant dans la Capitale
Cotonou.
Par ailleurs, l’inexistence des infrastructures dans les Communes pour la prise
en charges des personnes du troisième âge montre la démission de l’Etat dans
la prise en charges des vulnérables, ce qui les poussent à venir en ville
accompagnés de leurs enfants pour se livrer à la mendicité. En agissant ainsi,
ils privent ainsi les villages de leurs bras valides et remplissant la ville de
potentiels criminels.
A chaque changement de dirigeants au sommet de l’Etat, c’est une remise à
zéro des politiques mis en place. En 2016, le Budget-Programme du Ministère
de la famille pour les trois années 2016 – 2018 s’articulait autour de trois (03)
programmes à savoir :
programme I : Renforcement de la Protection Sociale et
promotion de la Solidarité Nationale ;
programme II : Appui à la Promotion de la Famille et du Genre ;
Ce programme est au point mort avec la prise en charge des handicapés et
personnes de troisièmes âges. Des statistiques sur des mendiants n’existent
pas alors qu’ils font partie des vulnérables que devrait prendre en charge
l’Etat. Les mendiants sont chassés des abords des rues comme des
« malpropres » en cas de manifestations officielles. La montée de la
délinquance doit interpeller les autorités. Des jeunes, apparemment normaux
capables d’égorger de sang-froid des personnes et souvent des enfants pour se
procurer des organes humains ne devaient laisser personnes indifférents ; car,
ces jeunes trainant derrière des mendiants handicapés sont des dangers
publics qui guettent les populations de Cotonou, et des victimes potentiels
d’individus indélicats. Plusieurs structures travaillent à la prise charge des
enfants, mais les handicapés sociaux sont généralement des « apatrides ». Ils
ne possèdent ni actes de naissance ni aucune pièce d’identité pouvant
permettre d’établir leur nationalité ni leur filiation. Pour espérer une prise en
compte de ces « handicapés sociaux », un mécanisme d’identification doit être
mis en place pour permettre à ces enfants errant dans les rues à la recherche
du gain facile, retrouve leur place dans la société qui leur doit aussi la
protection et l’éducation, droit fondamentaux pour la survie d’une nation. Les
responsables religieux doivent être associé pour mieux comprendre le
phénomène de la mendicité des enfants et pour la sensibilisation de ces
derniers sur les risques que constitue ‘’cette jeunesse’’ en déperdition.

Conclusion
« L'avenir de toute nation est influencé par les conditions de vie de ses enfants.
Assurer le bien-être des enfants requiert l’élaboration et la mise en oeuvre de
politiques fondées sur les Droits des enfants. Sur la question, la communauté
internationale a balisé le chemin à travers la tenue de conférences, le vote des
textes de loi, la formulation des recommandations sur le respect des droits des
enfants, etc. La ratification par le Bénin en 1990 de la Convention des Nations
Unies relative aux Droits de l’Enfant (Nations Unies, 1989) et en 1996 de la
Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (OUA, 1996) traduit un
engagement du pays à garantir aux enfants le droit à la survie, au
développement, à la protection, à la participation. Le code de l’enfant
(MJLDH, 2007) au Bénin s’en est largement inspiré. Déjà en 1989, la
Constitution du Bénin (République du Benin, 1990) prescrit en ses articles 8,
9, 12 et 15 la sacralité et l’inviolabilité de la personne humaine et le droit à la
vie, à la santé, à l’éducation, à la protection. Les articles 13 et 14 consacrent
en particulier l’obligation de l’enseignement primaire et la gratuité de
l’enseignement publique. Ces disposent sont en cohérence avec la CDE qui,
dans son préambule, rappelle que l’enfant a besoin d’une protection et de soins
spéciaux avant et après sa naissance » (UNICEF, 2012) et pourtant des
centaines d’enfants en sont privés dans la Capitale économique !
Au terme de la recherche, on note que la mendicité des enfants est liée à
l’incapacité des parents ou tuteurs de ceux-ci à assumer leurs responsabilités
de les protéger et éduquer à cause de la pauvreté. Cette mendicité est ressentie
comme une privation de leur droit d’être simplement des enfants. Ils se sentent
responsables d’eux-mêmes et se culpabilisent de ne pas pouvoir réussir mieux
que leurs parents. Cet état de chose, trouve ses fondements dans
l’environnement social de l’enfant et du niveau de vie de sa famille, traduisant
ainsi une reproduction sociale de la condition des parents. Les enfants
connaissent leurs droits mais ne les revendiquent pas. Si petits, ils se sentent
déjà responsables de leur sécurité et de leur succès ou échec. La recherche a
permis de constater que dans la pratique la responsabilité de l’enfant est de
trouver de quoi nourrir sa mère ou son père handicapé ou malade, soit tout au
moins d’y participer à part entière. Les filles qui semblaient épargnées par le
phénomène y sont très présentes. Elles prennent une part active à la mendicité
entre l’âge de 6 à 12 ans. Après cela, elles deviennent des travailleuses de sexe
déguisées dans la journée en vendeuses ambulantes de cure-dents, colas ou
des fruits. Elles organisent via cette activité des rendez-vous avec des
hommes, une autre source de revenus. Ainsi, parmi celles-ci on rencontre de

jeunes fille-mères dont les charges augmentent et aggravent la vulnérabilité
de toute la famille. Dans le cas où les filles ne tombent pas enceintes dans le
« métier de travailleuse de sexe », elles sont précocement données en mariage
comme garantie d’une source de revenus.
Les facteurs explicatifs de ces situations sont :
 les croyances : elles encouragent la mendicité, en faisant de la pratique
de l’aumône un geste qui participe au salut de l’âme ;
 l’instabilité de ressources financières au sein des familles ;
 les circonstances naturelles liées aux aléas climatiques qui
occasionnent les baisses de production agricoles et l’exode rural ;
 l’insuffisance des investissements dans la prise en charge des enfants
orphelins et vulnérables
 la non prise en charges des handicapés « apatrides » et des personnes
du troisième âge ;
 la non prise en charge de la misère et de la pauvreté extrême.
La crise des valeurs familiales avec la multiplication des familles
monoparentales fragilise le tissu social et la solidarité. Les problèmes
familiaux tels que la polygamie, le décès d’un parent, le divorce, de plus
en plus manifeste sont des sources de vulnérabilité qui conduisent les
enfants à la mendicité, la violence, la prostitution, le vol… Néanmoins, il
faut constater que la mendicité est moins encouragée dans les milieux
chrétiens comparativement aux milieux à dominance islamique. Ce qui
explique le fait que même les nécessiteux parmi les chrétiens viennent
profiter de la générosité des fidèles musulmans qui pour eux ne font
qu’accomplir la volonté divine. Mais, si chaque communauté se donnait
les moyens d’accepter et de s’occuper de ses vulnérables, les enfants
victimes de discrimination et de privations de plusieurs ordres auraient
tendance à diminuer. Sans le secours de l’Etat par ailleurs, l’enfant est
utilisé comme un ‘’instrument dans les stratégies de survie de sa famille.
Il est obligé de supporter la charge des parents au lieu que ce soit ses
derniers qui le fassent pour lui. Il est utilisé comme source de revenu,
maltraité. Les enfants mendiants sont vulnérables en raison de la faible
capacité de leurs parents à mobiliser les ressources nécessaires à la prise
en charge de leurs besoins. Pour qu’un changement soit durable dans la
protection de l’enfant, il faudra que les actions entreprises dans ce domaine
prennent en compte les dynamiques communautaires ou religieuses qui
sont proches des familles et des enfants fragiles.


Références bibliographiques
Assemblée Nationale, 2015 «Loi n° 2015-08 portant code de l’enfant en
République du Benin, 85 p ;
Burra Neera, 1989, « le travail des enfants et l’éducation, programme de
coopération UNESCO-UNICEF », Digest 28, Paris, 314p.
Handicap International Togo-BéninDes Hommes en Trop 1995 – « Essai sur
le vagabondage et la mendicité », La Tour d’Aigues, Les Editions de l’Aube,
(Préface de Xavier Emmanuelli).
Handicap International Togo-Bénin, 2011, « Rapport de l’étude synthétique
et comparative des cadres législatifs national et international sur les droits
des personnes handicapées au Bénin », 124p ;
Patrick Gaboriau, Daniel Terrolle (sous dir.), 2003, « Ethnologie des sanslogis
».Étude d’une forme de domination sociale, Paris, L’Harmattan,
République du Bénin, 2010, « Le handicap au Bénin, MSPSCF Corps de la
Paix - FAPHB, 1997, 124 p
République du Bénin, HI.DECISIPH, 2008, « Guide pratique: Comment
réaliser un diagnostic local participatif sur la situation des personnes
handicapées et leur degré de participation », 86p ;
République du Bénin, HI.DECISIPH, 2010, « Représentations et perceptions
du handicap par les cadres de l’administration publique et les autoritéslocales »,192p ;
République du Bénin, HI/RAVIM, 2006, « Le handicap dans les stratégies
de réduction de la pauvreté », HI/CBM, 30p.
SELIM Jahan, Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD) : « Rapport sur le développement humain 2016, le développement
humain pour tous,
109
DEZAN, NUMERO 013 Volume 2, Décembre 2017
TOWNSEND Peter., (2003), ‘’ Child PovertyChild Poverty. Children’s
Rights and Child Poverty Conference, London School of Economics”.
London 215p ;
UNICEF, 2012 : Bulletin de l’UNICEF Bénin, « Situation des enfants au
Bénin », Edition n°111. 4p ;
Assi Marcellin, 2003, « les enfants mendiants : garçons et filles dans les rues
des villes africaines, diversités et dynamique des marginalités juvéniles à
Abidjan, Nairobi, Antananarivo, pp 93-129

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27 mars 2018

FEMME, PUISSE QUE TE SOURIT LA VIE

 

 

147

 

074

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

473

 

 

 

 

 

Mère des fils, Mère des nations.

Puisse que te sourit la vie

Et que ton ciel est bleu

Puisse que le beau temps surgit

Et que la nature est unie

Avance

 

Avance quand vient le jour

Avance quand vient la nue

Bientôt le soleil luira

Bientôt la lune t’éclairera

Avance

 

Mère des Pères, Mère des mères

Puisse que tu parus au monde

Avant que la terre entière te sonde

Avance le jour où il te mène

Avance

 

Ecoute les chansons dans les prés

Médite la chanson des colombes

Loue ton créateur et ne succombe

Puisse que te sourit la vie

Avance

 

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VA

BERGER

VA !*

 Sur le chemin de la vie va sans peine

Sur le chemin au travers des taillis va

Au sommet des montagnes oublies la haine

Sans tressaillir va ou la vie te mène

Quand tout sourit et tout est gaie va

Quand tout est vif  va quand tout est sombre va

 

Le souffle du vent te guide

Même si la vie est rigide

Souris à la vie, va

Sur le chemin de la vie sois aux aguets

Au travers des monts et vallées va

A travers des déserts et forets va

 

Quand  le soleil rougira, va

La colombe t’accompagnera

L’agneau ne criera pas

Sur le chemin de la vie, va

La vie est belle et leste va

Le souffle court et rapide, va

Sur le chemin sans contrainte, va

La vie est belle, va

La vie leste, va

© abiguelelijan

http://abiguelelijan.canalblog.com/archives/2017/12/22/35981665.html

 

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22 décembre 2017

SAVOIR

 

 

The Three Sisters

SAVOIR

 Si tu pouvais savoir la vérité de mes sentiments

Te les dire dans le soir calmement

Tu comprendras pourquoi je t’aime

Tu verras que je t’épargnerais la haine

 

Te couvrir de mes bras sans peine

T’envelopper contre le froid

M’envoler sur les chênes

Te porter comme les Rois

 

Afin que tu connaisses le Bonheur

Je voudrais tant t’épargner l’horreur

Quand la tempête résonne fort

Te revêtir de tout le confort

 

Avoir le Cœur vide de chagrins

Te sentir en sécurité

Te rassasier de pain sans grains

Jusqu’à l’éternité

 

Dans un monde si injuste 

Te combler de gratitudes

Créer un monde juste

Te porter tes lassitudes

 

Si le monde est cruel si tant

Te garder caché longtemps

Quand souffle le grand vent

Mes sentiments te seront paravent

 

La vérité de mes sentiments

Que je t’aime si tant

Jusqu’à l’éternité

                                       Glorifier la trinité                                    

 © in melancolies, recueil de poèmes, inédit

© abiguelelijan, Doba, le 12/02/2004

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20 septembre 2017

l'aide au développement: enjeux et stratégies de gestion

L’ethnicité dans les stratégies de captation des aides au développement dans la Commune de Tchaourou

Article publié dans la revue  DEZAN (DEZAN 12 A1)

 

Résumé 

Cet article  analyse les stratégies qu’emploient les différents acteurs pour capter l’aide au développement à travers l’étude des usages locaux des projets de développement. Elle montre comment les acteurs parviennent aux objectifs des projets en usant des arguments ethniques à Tchaourou. La recherche a permis d’élucider la notion d’ethnicité à travers les logiques des acteurs et le récent dynamisme dans lequel s’inscrivent les interventions de développement. La démarche méthodologique ayant conduit aux résultats présentés dans cet article associe les approches qualitatives et quantitatives. Elle a permis de montrer que les projets de développement sont le nouvel enjeu qui alimente le jeu politique et les discours « ethnicistes » par le biais des intermédiaires des projets, des ONG, des "courtiers en développements",  des associations ou groupements villageois et autres structures médiatrices. L’ensemble de ces acteurs utilisent des stratégies fondées sur l’ethnicité comme carte d’accès à la captation des aides de développement.

Mots-clés : Ethnicité, stratégies, éducation, projet de développement, aides, Tchaourou.

Summary

This paper discusses ‘’ethnicity as strategies for capturing development aids in the commune of Tchaourou’’. By analyzing the strategies used by different actors to capture development aid through the study of local uses of development projects. It highlights how the actors reach the objectives of the projects by using ethnic arguments. The research helped elucidate the concept of ethnicity through the reasoning of the actors and the recent dynamism that guides development interventions. The methodological approach leading to the results presented in this article combines both qualitative and quantitative approaches. It has shown that development projects are the new challenge that fuels political game and “ethnicist” speeches through the intermediaries of projects, NGOs, development brokers, village associations or groups and other mediating entities. All these actors use strategies based on ethnicity as way of capturing development aids.

Keywords: Ethnicity, strategies, development project, aids, Tchaourou.

 

Introduction

Depuis l’avènement en 1990 du renouveau démocratique qui a instauré le libéralisme économique et politique, de nombreuses structures qui accompagnent l’Etat dans la mise en œuvre  de sa politique de développement ont émergé au Bénin (Tossavi, 2005). Pourtant, certaines études  montrent que dans la plupart des pays qui ont embrassé la démocratie, le libéralisme politique et économique en Afrique subsaharienne dont le Bénin, le changement s’est opéré sans véritable développement (Bierschenk, 2010). En effet, bien que l’Etat avec ses partenaires au développement et les collectivités locales aient ouvert des pistes en vue d’amorcer le développement économique et social, la lutte contre la pauvreté reste encore un défi majeur. Les actions de développement entreprises grâce à l’aide au développement, aux fonds alloués par l’Etat aux collectivités  et également grâce aux fonds de la coopération décentralisée (Guillaume, 2004) n’ont pas suffi à relever significativement le niveau de vie des populations béninoises. Pour ce faire et en vue de mieux lutter contre la précarité sociale et économique, la décentralisation permet à l’Etat d’adopter une démarche participative dans la mise en œuvre et le suivi des projets et programmes de développement. Cette démarche de gestion décentralisée des actions publiques constitue une interface où la territorialité, l’appartenance socioculturelle ou régionale finissent par trouver une légitimité pour constituer l’arène politique de base. Bien que le législateur béninois ait expressément proscrit la création de regroupements à caractère ethnique en politique (cf. loi 2001-21 du 21 février 2003 portant charte des partis politiques au Bénin)[1], l’on assiste à l’émergence de regroupements sous forme d’associations communautaires dites de développement. Ces regroupements se constituent ou se restructurent souvent la veille des échéances électorales. Il s’agit souvent d’un lobby de cadres ressortissants d’une localité ou région donnée qui, même s’il n’est pas ethnique, revendique une certaine homogénéité culturelle et identitaire  en rapport avec des évènements historiques communs (Amselle, 1985). Ces creusets de cadres se forment souvent autour des ‘‘sages’’ et parents restés au village, pour réaffirmer ou postuler leur unité. L’appartenance ethnique constitue donc une motivation de rassemblement dans ce genre de regroupements. L’intention affichée de ceux-ci, c’est d’amorcer le développement de leur localité d’origine, de se faire entendre et ainsi attirer la sollicitude de l’Etat central. Lorsque le résultat espéré est atteint, ces entités demeurent au niveau local et constituent des forces politiques, des groupes de lobby à l’échelle locale. Elles s’insèrent dans des stratégies diverses au niveau local.  A ce niveau, ils renforcent leur position dans l’arène politique et socioéconomique en devenant des piliers sur lesquels reposent les actions politiques et de développement. Ils constituent des intermédiaires des communautés et le tissu du groupe de pression pour des revendications de tous ordres. En abordant la question de ces regroupements en rapport avec la gestion des projets de développement, il s’agit d’élucider l’expression de l’ethnicité à travers l’usage local de ces projets par les différents acteurs. Pour ce faire, l’analyse des logiques des acteurs et des corrélations qui existent entre les stratégies de mobilisation des fonds d’aide au développement et l’ethnicité constitue une importante piste de compréhension des dynamiques à l’œuvre dans les processus de développement local. L’ethnicité s’appréhende ici à travers certaines attitudes liées à l’origine ethnique, des intellectuels de la même ethnie qui arrivent à « utiliser » ceux restés au village pour réaliser leurs ambitions (Guichard, 1990). Contrairement à la logique du fils de terroir qui s’identifie à une localité géographiquement et administrativement délimité, l’attitude ethnique implique toutes les personnes liées à une ethnie quel que soit son lieu de résidence : c’est un ‘’appel’’ de ‘’masse’’ d’une communauté ethnique (Bierschenk, 1995).

Plusieurs recherches anthropologiques ont été réalisées sur les questions de développement, de l’ethnicité, de l’aide au développement, des projets et programmes de développement ont été consulté et ont permis de mieux orienter cette recherche dont la teneur s’articule autour de l’ethnicité comme stratégie de captation des aides de développement, à travers la recherche des réponses à la question suivante : Quelles sont les stratégies courantes dans la mobilisation des moyens nécessaires à la réalisation des activités qui incombent  aux structures intermédiaires des projets de développement? La première intention affichée des « démarcheurs » de fonds est de « lutter pour le bien-être de la population » dont ils se réclament être les défenseurs. Le style pour avoir du financement est bien maîtrisé et l’appartenance à la localité ou au groupe socioculturel ciblé comme bénéficiaire est un facteur favorable. Les « médiateurs » constituent un groupe de pression et ont accès à tous les rouages et astuces pour avoir le soutien des partenaires financiers. Mais très souvent, les structures constituées par les médiateurs sont formées de quelques cadres locaux devenus des « marchands de fonds » pour la cause « des villageois incapables » de produire des doléances pour leur bien-être, ne serviraient-elles pas des intérêts relatifs et partisans ?

Pour comprendre ces mécanismes, il est utile d’approcher la perception des acteurs des projets et les logiques qui guident leur choix. L’ethnicité face aux projets constitue ainsi l’axe d’analyse de l’arène locale choisie. Tout comme l’approche développée par Long Norman (2004), c’est-à-dire « toute situation de développement est une situation de confrontation interculturelle » où s’affrontent savoirs endogènes et savoirs extérieurs, il s’agira donc d’apprécier la place de l’ethnicité dans les logiques des acteurs en rapport avec les projets qui sont des dispositifs de développement où s’affrontent des ethnies. Afin d’apprécier le fondement de cette logique, la recherche a exploré ce qui justifie l’usage de l’ethnicité comme stratégie  des acteurs dans la captation des aides au développement dans la Commune de Tchaourou. Cette interrogation a engendré trois autres questions fondamentales à savoir : quelles sont les logiques des différents groupes socioculturels en présence ? Quelles sont les stratégies de captation des aides au développement en relations avec les groupes ethniques dans la mise en œuvre des projets ? Quels sont les enjeux politico-ethniques qu’engendrent les projets de développement dans la Commune de Tchaourou ? Pour parvenir aux résultats exposés dans cet article, une démarche méthodologique a été adoptée.

 

  1. Approche méthodologique

La recherche est  à la fois qualitative et quantitative. Les techniques utilisées sont l’observation et l’entretien individuel et de groupe. La grille d’observation a servi à faire de l’observation participante. Elle a permis de relever des détails physiques dans l’environnement de recherche. L’entretien inspiré de Blanchet Alain et Anne Gotman (2010), a été utilisé pour les échanges avec les responsables des projets, les représentants des Partenaires Techniques et Financiers (PTF), les responsables des structures médiatrices de même qu’avec les certains bénéficiaires et personnes ressources échantillonnés par choix raisonné et par quota en lien avec le nombre de projets, leur ancrage institutionnel et l’appartenance ethnique.  Au total, cent trois (103) acteurs ont été enquêtés. Le modèle d’analyse utilisé est  la théorie de l’« acteur stratégique » de Norman Long (2004) héritier de l’Ecole de Manchester et un pionnier en anthropologie du développement. Ce dernier considère que l’acteur a, même dans des conditions de contraintes, la possibilité de faire des choix avec des moyens qu’il se donne pour tirer son intérêt sans pour autant se soustraire à la dynamique collective. D’où la nécessité de partir des enquêtes empiriques pour parvenir à la théorisation. Le concept de l’ethnicité est employé dans le sens des travaux d’Amselle (1985) qui a montré que l'ethnicité doit être cernée comme un objet dynamique. C’est le sentiment qui entoure l’ethnie, l’appartenance à un groupe considéré comme spécifique par rapport aux autres. L'ethnie et le sentiment qui l'entoure peuvent s'exprimer à la fois par la langue, le religieux, l’échange commercial, le politique ou le conflit, bref, l’histoire commune. Ces éléments ainsi évoqués empêchent d'enfermer la compréhension de l'ethnicité à un seul aspect de la vie communautaire, et justifient la multiplicité de sens de l'ethnicité dans les relations sociales selon les néo-culturalistes (Lamine, 2004). Ainsi, avec les mobilisationistes, l’ethnicité est construite et mise en évidence dans le but de défendre des intérêts communs. Ces intérêts dans ce contexte c’est la captation et gestion des fonds des projets de développement. Les informations reçues sur le terrain permettent de présenter les résultats ci-après.

 

2.      Résultats et analyses

Les informations recueillies ont été regroupées par centre d’intérêts, à savoir : les modes de captation des aides au développement brassées par les projets et les logiques de gestion des aides. L’analyse du contenu a permis de faire la synthèse d’informations recueillies pour mieux comprendre comment l’ethnicité est devenue un moyen d’accès aux financements des projets  et un motif de choix des bénéficiaires.

-          les modes de captation des aides au développement brassées par les projets :

La Commune de Tchaourou est considéré comme la commune de prédilection de toutes les coopérations présentes au Bénin. Elle est la plus vaste commune du Borgou et bénéficie des avantages liés à sa proximité avec la ville à statut particulier de Parakou et sa longue frontière avec la République Fédérale du Nigéria. Les projets qui y sont mis en œuvre s’appuient sur des organismes de la société civile, notamment les Organisations Non Gouvernementales tels que SIAN’SON, DERANA, DEDRAS, pour atteindre les bénéficiaires.

« Ils constituent des facilitateurs ; ils connaissent mieux le milieu ». (Coordonnateur du PAEFE, enquête de terrain, novembre 2015)

Pour répondre à une dynamique de développement participative, les structures médiatrices multiplient les séances de sensibilisation et d’informations. Elles montrent comment les groupes ethniques organisés ont été mobilisés et ont obtenues des financements de projets ; ce qui  suscite l’adhésion des potentiels bénéficiaires. Des groupements sont créés avec une activité spécifique qui relève du domaine du bailleur ‘’convoité’’. Ainsi, pour les populations, les projets :

« Permettent de mieux progresser par rapport aux autres ethnies, et pour être aidé, il ne faut pas être seul, il faut faire un groupement dans le village pour montrer qu’on est d’accord avec ce que les projets veulent faire dans le village. (Amina, 32 ans,  membre du groupement de « Non Gan Néra », Sanson, novembre 2015).

Les groupements se constituent donc par affinité ethnique en initiant des activités isolées avec l’appui des intermédiaires ; ce qui permettra de montrer leur intérêt pour l’activité que veut soutenir un bailleur.

« Chacun faisait son activité seule et stockait ses produits à la maison. Depuis que [l’ONG] DEDRAS a voulu construire un magasin, les produits sont mis dans les sacs et entreposés dans le nouveau magasin. Cela permet de ne pas vendre les produits sitôt récoltés  [….]  Pour obtenir un forage, les gens venus de Parakou ont demandé de se mettre en groupe ; les femmes l’ont fait et ont commencé le jardinage au bord de l’ancienne rivière depuis le mois de septembre. Mais, depuis que la fontaine est là, elles ont déjà tout abandonné. » (Bio, 42 ans, cultivateur à Kinnoukpanou, novembre 2015)

L’approche communautaire du développement à travers la décentralisation favorise les regroupements ethniques. L’ethnicisation des regroupements est aussi renforcée par les intermédiaires qui encouragent les communautés à se rassembler par affinités dans le but de minimiser les conflits. Ils tiennent des réunions par groupe ethnique et installent des Comités de gestion des activités initiées sur la même base ethnique. (Enquête de terrain, décembre 2015). Ils justifient cela par :

 

  • la fixation sur la « marginalisation » de certains groupes ethniques :

 

« Il y a des groupes ethniques qui sont laissés pour compte depuis longtemps, parce que mal organisés et n’ayant pas de leaders formés pour défendre leurs intérêts. Nous sommes volontairement organisés pour aider ces groupes » (un Responsable de l’ONG SIAN’SON).

 

La non prise en compte de certaines ethnies par les projets est  interprétée comme une marginalisation. Ceci constitue pour les médiateurs un argument de mobilisation des fonds d’aide au développement. C’est le cas du PAEFE[2] qui, par des données statistiques issues d’études de terrain assorties d’atelier de validation où les intermédiaires déjà identifiés sont très présents.

 

« Cette étude a montré un faible taux de scolarisation en milieu rural chez les enfants bouviers, généralement les garçons ! Et un taux également élevé de déscolarisation soit plus de 54% dans le Borgou contre 45% pour l'ensemble du pays. (Coordonnateur du PAEFE, novembre 2015)

 

 Tout en ciblant un groupe ‘’marginalisé, ce programme s’inscrit dans la dynamique de l’ « Education Pour Tous ». Il est financé par la Coopération Suisse pour les enfants de neuf (9) à quinze (15) ans exclus du système éducatif. Cette constatation ethnique a permis non seulement de mettre en place un projet mais surtout de l’attribuer à des groupes ethniques qui en seraient  a  priori bénéficiaires parce que « marginalisés » ou « minoritaires ». Les stratégies sont aussi liées à l’orientation des fonds d’aide : généralement le bailleur accompagne les structures facilitatrices dans leurs choix. Il n’existe pas de critères clairs au départ dans le choix des populations et quant à la localité bénéficiaire ; ainsi, pour orienter l’aide, les médiateurs et pouvoir local (Maires, députés, cadres et intellectuels ayant une position politique élévée…) se mettent en action.

 

¨   les logiques d’orientation et de gestion des aides.

Lorsque la localité n’est pas imposée par le bailleur, les intermédiaires s’associent aux populations pour la manifestation d’intérêts. Il existe de stigmatisation entre les groupes ethniques  dits  « autochtones » et les « immigrés » plus récemment des trente dernières années. La mise en évidence des liens entre groupes sociaux a permis de constater que les fulbé et les peuples venus de l’Atacora sont considérés par les autres groupes comme des « marginaux » et peu utiles à une action collective. Toute action collective est considérée comme désobligeante pour ceux-ci. De ce fait, ces derniers sont désignés comme des « délaissés » par les intermédiaires et dans les études conduites par la Coopération suisse (PAEFE, fiche technique, 2010)[3], à qui il faut de l’aide pour réussir le rattrapage en rapport avec les autres qui semble être en avance (Guillaume Olivier, 2004). Pour les Batombu, la domination qu’ils exercent sur les « colons agricoles » est d’ordre foncier. Ils sont appelés ainsi parce que les Batombu, premiers occupants de la Commune de Tchaourou, les considèrent comme des ‘’envahisseurs’’ qui viennent s’accaparer de leur terre :

 

« Ont-ils la force de cultiver la terre ? Ils étaient une main-d’œuvre pour nous au départ mais maintenant, ils font des champs partout et ne veulent plus nous rendre ce que nos parents leur avaient prêté ; ils nous font des procès pour garder nos terres » (Amadou, agro-éleveur à Demon -Tchatchou, février 2016).

Malgré les décennies passées dans la commune, les peuples venus de l’Atacora sont considérés comme des « locataires terriens » :

« Quand nous sommes arrivés dans la Commune de Tchaourou, nous avons cultivé des champs aux chefs de familles contre de l’argent. Le chef de terre nous a donné un domaine pour nous installer avec nos familles et pour cultiver. Cela fait plus de vingt ans que nous sommes ici. Ce n’est pas bien que nous ne puissions pas disposer de cette terre. C’est la propriété des gens d’ici. (Dogo, immigré Ditammari depuis 1989 ; novembre 2015).

 

Les terres qui sont prêtées aux « colons » sont de plus en plus retirées et vendues par les enfants de ceux qui les avaient prêtées aux migrants. Plusieurs affaires confiées au Tribunal de Parakou ont été tranchées en faveur des « colons agricoles ». Pour ce qui est des Fulbé, éleveurs et transhumants dans la zone du Sud-Borgou, les conditions favorables à l’élevage de gros bétails les mettent souvent en conflits à cause des pâturages entraînant la dévastation des champs. Tous les arguments entrant en ligne de compte de ces problèmes sont liés à l’identité ethnique des acteurs et des bénéficiaires.  C’est dans cet environnement conflictuel qu’interviennent les actions des projets. Ainsi, les intermédiaires s’appuient sur ce ‘’cloisonnement des différents groupes socioculturels pour agrandir le fossé des divisions interethniques. Les acteurs des projets sont confrontés à des difficultés de collaboration entre les différentes ethnies. Ce qui fait que ces communautés ne s’associent guère aux activités communes des projets. Pour solliciter  et obtenir une adhésion massive, ils se tournent vers des regroupements d’affinité ethniques. Les projets sont utilisés aussi à des fins de propagande politique. Même là où le politique intervient, il s’associe à cette différenciation ethnique. En effet, pour s’assurer que les Fulbé prennent une position politique favorable, il était urgent pour la municipalité de se manifester. La priorité était pour les Fulbé d’« avoir une école de proximité ». La Mairie négocie avec ses partenaires présents dans le secteur de l’éducation. Le projet de Helvetas (P.A.E.F.E) en instance trouve alors « un point de chute », chez les Fulbé de Tchatchou, la plus grande communauté qui commande celle des autres arrondissements. La communauté fulbé de Tchatchou arrive à s’imposer à cause de l’avance qu’elle a prise sur la scolarisation par rapport aux autres arrondissements. Il y a de nombreux cadres issus de cette communauté présents dans les administrations publiques ou dans des organismes de développement. Ainsi :

 

« Depuis le lendemain des campagnes électorales et de l’élection de 2006, pendant lesquelles la réalisation de certains infrastructures avait été promise, la communauté Fulbé de Tchatchou n’a bénéficié d’aucune action de développement (eau, électricité, école…), malgré les doléances présentées aux délégations pendant les campagnes électorales et les promesses faites les mois qui ont suivi ». (Samuel, 65 ans, conseiller, Arrondissement de Tchatchou, entretien enquête de terrain, novembre 2015).

 

L’ethnicité, une référence aux arguments et valeurs ethniques et culturelles comme logique d’action dans la mise en œuvre des projets de développement est donc liée aux évènements historiques des différents groupes ethniques. Il est justifié par les difficultés d’accès aux ressources de l’aide au développement : les intermédiaires réussissent à contourner ces difficultés en utilisant une stratégie individuelle liée à l’ethnie. Cette stratégie se renforce avec les promesses électorales qui s’appuient sur les différences ethniques, pour promettre des projets pour développer leur groupe ethnique et leur localité d’origine.

3.      Discussion

·         Les projets comme facteurs du communautarisme

 Le référent ethnique est devenu la stratégie majeure des acteurs des projets de développement dans la Commune de Tchaourou. Cette attitude trouve ses fondements dans le parcours historique des populations très hétérogènes qui entretiennent des relations conflictuelles soutenues par une marginalisation de certains groupes dits « allogènes ». Pour obtenir l’aide au développement, les intermédiaires utilisent cet argument de « marginalité » de certains groupes ethniques. L’appartenance à un groupement pour bénéficier des ressources du projet relève essentiellement de la volonté de l’acteur qui décide d’adhérer ou non au groupe qui le sollicite selon ses intérêts. Les communautés ethniques se mobilisent spontanément pour obtenir des infrastructures. Ces mobilisations sont souvent sans engagement. Par exemple, des infrastructures réalisées pour plusieurs communautés en même temps par les structures de développement sont abandonnées, une fois qu’elles présentent un défaut ou une panne qui nécessite des moyens financiers pour la réparation, faute d’entente entre les différentes communautés. L’argument ethnique constitue en somme une logique d’action liée aux évènements historiques entre les différents groupes sociaux. Il constitue aussi un palliatif aux difficultés de cohésion sociale entre différents groupes ethniques et une réponse aux difficultés d’accès aux ressources de l’aide au développement. Les demandeurs d’aide ou de financement réussissent à contourner les difficultés en utilisant une stratégie distinctive liée à l’ethnie. Cette stratégie se renforce avec les conflits éleveurs et agriculteurs qui perdurent dans la Commune de Tchaourou et qui contribuent à renforcer la vie en autarcie des différents groupes. L’usage de l’argument ethnique est lié aussi aux promesses électorales qui s’appuient sur les différences ethniques, pour promettre des financements si les suffrages d’un groupe ethnique leur sont accordés. Cette différentiation est très importante et sensible à Tchaourou.  L’argument ethnique est souvent utilisé auprès des ethnies dites ‘’marginalisées’’ pour signifier ceux qui n’ont pas accès aux sphères de décisions. Ils s’accordent souvent avec les Batombu, pour faire entendre leurs doléances en passant par les intermédiaires. Il s’agit des peuples venus de l’Atacora et les peuples transhumants. C’est lors des réunions que nous recueillons les doléances des communautés et nous tentons d’apporter un tant soit peu, des solutions à travers les projets. Ainsi, à travers des réunions, des séances de sensibilisations et l’installation des bureaux ou comité de gestion, les projets perpétuent les affinités ethniques constituées jusque dans la gestion des ressources des projets. Les Fulbé et les « immigrés » venus de l’Atacora sont les absents de ces réunions. Ce qui explique aussi qu’ils soient absents dans les instances de décision ou comités de gestion locaux des projets. Moins organisés, ils sont absents également dans les organismes intermédiaires de gestion des projets. Les structures médiatrices qui sont visibles sur le terrain par les actions menées sont sollicitées et bénéficient de la confiance des  partenaires financiers, pour la mise en œuvre des projets. Se trouvent à leurs têtes les responsables issus des groupes ethniques les mieux organisés et prioritairement bénéficiaires des aides au développement. L’exemple de l’ONG DEDRAS est édifiant. Entre la date de sa création et 2001, elle a été dirigée par un cadre « nago ». Dans cette période, ses actions étaient plus concentrées dans les Communes de Tchaourou et Savè. Depuis 2006, l’ONG est dirigée par un « Baatonu » et, ses actions se sont concentrées dans les Communes du Borgou-Est, zone majoritairement peuplée par les « Batombu ». L’ethnicisation est renforcée par le système de la décentralisation qui, facilite les décisions locales au détriment d’une espace plus grand. En effet, au Bénin les populations sont reparties globalement par groupes ethniques sur le territoire. Les regroupements ethniques devraient être facteurs de réussite des projets. Mais, l’attachement aux valeurs familiales dans la gestion ne permet pas une gestion impartiale des ressources. En cas de mauvaise gestion, les proches interviennent pour étouffer l’affaire. Tout ceci contribue au mal développement. Non seulement l’ethnicité est un moyen de captation mais aussi une clé de gestion des aides de développement.

 

  •  Les logiques de gestion des aides : perceptions des projets et attitudes des acteurs Les membres et adhérents des groupements et Association de Développement Villageoise (ADV) affirment que la mobilisation ou la création de leur groupe a fait suite à la sollicitation de la part de leurs leaders. En réalité, cette sollicitation vient généralement des structures intermédiaires. Lorsque les adhérents mènent des activités en dehors du domaine d’intervention du projet, les intermédiaires sensibilisent les leaders sur le bien-fondé de l’action. Ils mettent en avant d’abord la marginalisation de leur groupe social par rapport aux autres qui auraient déjà bénéficié des  actions d’un projet. Les raisons de ce bénéfice sont alors exposées. Il s’agit de l’unité, de l’identité et de la valorisation de la culture. Passé ces étapes, une grande réunion est organisée avec l’intermédiaire en présence des partenaires financiers. C’est alors ce dernier qui prend la parole au nom du groupe pour faire ses doléances et implorer « les visiteurs » à leur venir en aide. Des applaudissements démontrent l’approbation de la foule. Suivent les danses et démonstrations culturelles. Parfois, des cadeaux symboliques sont remis par le chef du « clan ». Quelques initiatives relevant du domaine d’intervention demandée sont prévus : pépinière de jardins, élevage de poulets… Lorsqu’il s’agit d’infrastructures à réaliser, les infrastructures existantes sont visitées pour mettre en évidence le manque ou l’absence de qualité de celles-ci. Le contraste est patent : pour la suite des négociations, seul l’intermédiaire participe aux échanges. Lorsque la mise en œuvre implique une mobilisation de plusieurs communautés, les absents sont souvent les fulbé et les « peuples venus de l’Atacora ». Lorsque la mise en œuvre du projet aboutit à un résultat positif, les premiers bénéficiaires sont ceux qui ont le plus été présents lors de la réalisation. Cette situation conduit à des conflits quant à la gestion des infrastructures communautaires que sont les écoles et les centres de santé en particulier. Pour les Batombu, les Fulbé sont marginaux. «  Pour entretenir les infrastructures quand ils sont sollicités, les Fulbé ne se sentent pas concernés. Pour eux, seuls les ‘’usagers de ces infrastructures sont concernés’’. Très souvent, l’infrastructure finit par disparaitre faute d’entretien. La référence ethnique est mise en valeur pour revendiquer le droit d’être traité comme des citoyens au même titre que « les autres ». C’est un argument pour solliciter l’adhésion des Fulbé. Pourtant, le projet, plus exactement les ressources qu'il apporte, vont être sélectivement accordées en fonction d'intérêts des groupes ethniques. Pour garantir une mobilisation continuelle autour d’un projet, les médiateurs font des sélections basées sur des banalités tel que l’existence d’un groupe déjà organisé quel que soit les raisons et la finalité du groupe ; ce qui est normal. Mais, pour entériner l’argument ethnique, le projet est présenté comme un instrument de « justice sociale » par les « démarcheurs de projet ».

« Nous voulons aussi que des projets viennent pour nous aider. Nous sommes lésés et pensons que les projets ne nous aident pas pour l’élevage ». (Gogué Matchoudo, chef peul Papane-gah, novembre 2015).

 

 

Malgré la multiplicité des projets, la cohésion entre les différents groupes autour demeure faible. Cette multiplicité des projets ne signifie pas qu’il y a des spécificités dans leurs actions. Même si les discours et les stratégies ont changés, les objectifs des projets sont les mêmes pour les populations : « maîtriser le futur ». Ce sont les thèmes qui varient : techniques culturales, l’alphabétisation, la planification familiale... Ils sont également matérialisés par la création des comités de gestion de bureau exécutif..., où sont présents les déscolarisés, les agents de l’Etat en postes dans la localité et même les chefs traditionnels. Ces comités, en dehors du fait que ce sont des instruments de « détournement » des ressources des projets par des structures intermédiaires, jouent le même rôle que ceux-ci : interlocuteurs des projets à la base. Cette forme de nouveau pouvoir local constitue un enjeu pour les communautés où chacun veut se positionner en vue d’une prochaine échéance électorale. Ainsi, les promoteurs des projets sont confondus par les bénéficiaires aux détenteurs du pouvoir politique local. Car, pour les intermédiaires, c’est le moyen de parvenir aussi à un rang d’éligibilité dans les fonctions décentralisées de l’Etat. Les Comités de gestion sont souvent le socle des politiciens qui s’y appuient pour des échéances électorales. En effet, les  responsables de ces comités doivent faire l’unanimité (même relative ou circonstancielle) et être crédibles dans leur communauté de base. Ils doivent être capables de mener leur base à l’action et amener les populations à s’engager. Même si les critères de choix des responsables ne sont pas objectivement définis et de manière formelle, ces derniers doivent incarner la responsabilité collective. Le contraste entre les objectifs des projets et les priorités des bénéficiaires est visible dans la gestion des aides. Les logiques des médiateurs des projets entraînent ainsi, ce qu’Olivier de Sardan (1995) appelle « les effets secondaires » des projets de développement. Ce sont des situations non prévues ou minimisées qui se présentent, au point même de remettre en cause les résultats attendus. Une autre question est celle de la gestion des fonds mis à disposition des bénéficiaires. La priorité de ces derniers c’est de s’occuper de leurs familles. Les fonds servent à répondre aux besoins immédiats qu’à une cause dont le résultat n’est pas certain. Ils ne sont pas porteurs de la vision du projet mais des exécutants.

« Le forage a été réalisé par un projet a-t-on dit mais, je ne peux pas dire exactement quel projet. (Un Membre de comité de gestion d’une fontaine d’eau à Tchatchou, décembre 2015)

Des fontaines d’eau réalisées risquent de disparaître faute d’entretien. Chez les Fulbé par exemple, lorsque quelqu’un est désigné pour collecter de l’argent auprès de ceux qui viennent puiser de l’eau à la source, il est confronté au problème de la parenté.

 

« C’est difficile de demander de l’argent à un beaux-parents. Je ne peux prendre de l’argent chez une tante, une belle-mère si elle ne me donne pas; ce qui ne sera pas compensé ». (Gérant d’un point d’eau à Tchatchou).

 Ainsi, ces derniers chargés de gérer les fonds utilisent les ressources selon des principes indéfinis si bien que les actions ne durentpas.  Au village, il est presque impossible de demander d’explication à un président d’une association ou de groupement sur un financement reçu sans s’attaquer à un parent, pour ensuite devenir un problème de famille et finir sans conséquence. Ceci crée un climat de tension et de soupçons parmi les allocataires. Les contrôles et le suivi de gestion sont inexistants ou inefficaces. Le mode de désignation des membres du « bureau » dans les organisations (association, groupement), obéit à des critères partiaux ancrés sur la parenté ; ce qui conduit à l’accaparement des biens du projet aux seuls membres proches ou soutenant le premier responsable du projet. De nombreux projets œuvrent à l’amélioration des conditions de vie des ménages. Il s’agit entre autre des caisses de solidarités, des mutuelles de santé, les projets de micro-finance (DEDRAS-ONG), les CLCAM (Crédit Agricole) ; CAVECA (Caisse Villageoise d’Epargne et de Crédit Agricole).  Tous ces acteurs constituent des tuyaux de transmission des ressources vers l'espace social qu’ils choisissent en fonction de leur affinité ou de l’intérêt du bailleur. Les groupes organisés deviennent des piliers essentiels pour les projets. Le discours participatif est structuré d’avance et mise en route pour solliciter enfin leur adhésion.

« Tu ne peux pas proposer une chose à celui que tu n’as pas invité ; celui qui s’invite croit déjà qu’il a quelque chose de mieux à t’apporter... » (Gogué, Papané-Gah ; personne ressource)

La logique de chacun des acteurs est liée au contexte dans lequel il vit oriente, ses choix et l’interprétation qu’il donne aux évènements. Le fait culturel est fondamentalement lié à l’appartenance d’une même communauté. L’ethnicité n’est pas une donnée stricte et définitive ; elle évolue selon les circonstances qui se présentent : conflits, religion, politique, changement de comportement (Crozier et al, 1992). L’acteur peut réagir selon les circonstances qui se présentent ou en fonction du résultat espéré. Selon la définition qu’on retient du projet, il vise à modifier les comportements des hommes pour s’adapter à une situation nouvelle projetée, maîtrisée par les promoteurs mais complètement ignorée ou peu comprise de ceux qui sont sensés en être les véritables acteurs de ce changement. Ce « malentendu crée une double interprétation du projet ; les développeurs viennent pour aider « par solidarité » ou en coopération, les « bénéficiaires » les projets viennent avec leurs savoirs et leur savoir-faire. En conséquence, deux options s’offrent à eux : « essayer et adopter ». La succession très rapprochée des projets ne permet pas aux populations de s’approprier une technique avant qu’une autre ne leur soit proposée. Les « intermédiaires » en quête de fonds n’hésitent pas à conduire plusieurs programmes pour un même groupe en diversifiant les arguments.

Les intermédiaires présentent la situation du groupe suivant l’intérêt et les besoins correspondants à ceux du bailleur ou comme une situation très différente de celles que connait le bailleur. Ce dernier cas se retrouve dans l’initiative de l’école alternative "Soumon". Les Fulɓé sont considérés comme des acteurs passifs du développement. Pour les intégrer, il faut les « y obliger ». Les arguments avancés pour justifier la déscolarisation de leurs enfants est l’éloignement de centre d’éducation des hameaux des Fulɓé.

« En rapprochant cette infrastructure de leur habitation cela devrait donner plus de chance à la scolarisation ». (Un animateur d’un centre PAEFE à Tchatchou).

 Une fois l’idée acceptée par le « bailleur », la médiation continue jusqu’au terme du projet. Lorsque ces intermédiaires appartiennent à un groupe social donné, ils privilégient celui-ci, en organisant rapidement des personnes pour la cause d’un projet à venir dans le but d’obtenir « le marché ». Grâce à la capacité qu’ils ont de monter des projets et de s’adresser directement « aux chefs » des projets. Ils connaissent d’avance le cahier de charge des bailleurs. Les bénéficiaires leur sont alors redevables pour avoir su « transmettre » leurs besoins de sorte que cela cadre avec l’aide que leur apporteront les projets. Les ONG organisent rapidement des formations aux populations. Elles les aident à ébaucher quelques initiatives allant dans le sens souhaité par les P.T.F. ou les bailleurs de fonds (photo 2).

Comme le souligne Crozier (1992), chaque acteur du système vise à atteindre ses objectifs au détriment des autres. L’objectif ici étant le progrès social basé sur des critères ethniques. Cette discrimination entraîne des supputations entre les autorités locales de l’administration publique décentralisée et les autorités traditionnelles des autres arrondissements. Lorsque les appréciations montrent qu’il s’agit d’une monopolisation des projets de développement, cela entraîne des frustrations entre communautés. Les batombu, les fon, les dendi, les nago (yoruba) et autres ethnies exerçant des activités autres que l’agriculture et l’élevage, habitent les centres urbains ; tandis que les Fulbé, les yom/lokpa et autres ethnies venues de l’Atacora (et souvent minoritaires) construisent leurs habitations dans des zones reculées et difficiles d’accès. En conséquence, ils ont été pendant longtemps marginalisés. En effet, les nago détiennent en grande partie du pouvoir économique et politique. Ils ont des cadres bien positionnés qui leur permettent d’être informés sur les aides disponibles. Ils utilisent ceux de leurs frères restés au village pour conduire les stratégies de captations des aides. Ils bénéficient du soutien au sommet de l’Etat où ils détiennent le pouvoir politique.  Ils sont les seuls présents aux réunions convoqués par les partenaires financiers. Ils soumissionnent aux offres de médiation ou de facilitation et détiennent 71% de postes de coordination des projets dans la commune de Tchaourou entre 2008 et 2014 (SPDL[4], Tchaourou, 2015). L’hypothèse selon laquelle, l’ethnicité est une stratégie de gestion des projets est ainsi vérifiée. Le projet alimente donc le jeu politique dans la Commune ; car :

« Dorénavant pour être élu les prétendants doivent avoir une popularité qui est plus sûr avec un projet ramené au village ». Il faut montrer qu’on est capable de faire quelque chose pour sa ‘’famille’’ » (Isaac Cuumon, 71 ans, personne ressource à Tchatchou).

Les Fulbé, bien qu’étant la plus grande communauté de la Commune après les baatombu ne participent pas aux réunions des bailleurs. Ils ne sont ni organisés ni représentés au niveau des instances de décisions au niveau local  et dans les instances des programmes et projets de développement. Eux-mêmes l’expliquent en ces termes :

 

 « Les actions de l’Etat sont contraignantes. Il exige l’observance de multitudes de règles pour peu qu’il donne » (Isaac, personne ressource, novembre 2015.

Le réveil socioéconomique (entendu comme la participation au développement du pays) a commencé avec l’organisation du séminaire des Fulbé dès 1987 (Bierschenk, 1992). Le séminaire visait la défense des intérêts communs des Fulbé. Il s’est vite transformé en un véritable creuset politique et économique. Les frontières entre la lutte pour la survie, le mieux-être de la communauté et les stratégies de demande d’aide se confondent à partir de l’ère démocratique des années 1990. S’il se confirme qu’il n’existe pas de parti politique ethnique, le regroupement ethnique sous forme d’association ayant les mêmes prérogatives au Bénin est indéniable. Cet aspect ethnique est très significatif pour la communauté Pullo. En effet, suite à ce séminaire des infrastructures communautaires ont pu être réalisées dans les campements des Fulbé qui sont sédentaires. Entre 1984 et 1990, des barrages pour abreuver le bétail ont été réalisés. Avant cela, les fulbé se sentaient marginalisés alors que les autres les qualifiaient de « sauvages » qui ne participent pas au développement du pays. Ceux qui se sentent marginalisés considèrent les actions du projet/programme comme une affaire ne les concernant pas. De nos jours, cette marginalisation  prend un autre sens. Le positionnement géographique des projets traduit la concentration de ceux-ci dans les centre semi-urbains qui sont occupés par les « autochtones. La concentration des projets dans les centres occupés par les « autochtones » (voir carte ci-dessous) reflète la « marginalisation »  « allogènes » qui sert d’arguments aux « démarcheurs » de projets et de fonds d’aide au développement.

En effet, à la lecture de la carte N°1 ci-après, on constate la concentration des projets et programmes, dans les arrondissements où la population est majoritairement autochtone, et de l’aire culturelle yoruba (nago). Dans les Arrondissements de Alafiarou, Kika, les populations sont majoritairement nago et baatonu. Les autres villages de cet arrondissement sont peuplés par des « colons  agricoles » venus du Département de l’Ouest : Atacora. Ils sont installés dans des zones reculées des centres tout comme les fulbé. Or, les infrastructures sont installées non loin des principaux centres. Ainsi, bien que les populations « allogènes » aient participés à la réalisation de ces infrastructures, elles considèrent que celles-ci appartiennent en premier lieu aux autochtones ; leur contribution étant considérée par eux-mêmes comme une rente de leur présence en « territoire acquis ». En cas de conflit dans la gestion des infrastructures, les populations « allogènes » se retirent très facilement. Ces clivages sont fréquents alors qu’ils sont amoindris à l’approche des échéances électorales lorsque le suffrage de tous est nécessaire pour qu’un candidat soit élu. Ainsi, après l’élection on assiste à des règlements de compte institutionnalisés et érigés en système à travers les actions de l’Etat et de ses partenaires qui s’inscrivent eux aussi, menés par les médiateurs en développement, dans cette dynamique interne. Il existe des exceptions à l’orientation ethnique des aides comme le précise ici un informateur :  

 

« Il s’agissait de réaliser une boucherie à Tchatchou. Les Batonus en avaient déjà bénéficié. Quand le conseiller nous a réunis, il a demandé si nous en avions besoin ; on ne refuse pas un don. La part de notre village a été payée et la boucherie est réalisée » (Joseph, 71 ans, personne ressource à Tchatchou).

 

 Les intermédiaires choisissent parfois d’orienter les aides vers d’autres groupes ethniques que celui auquel ils appartiennent, lorsque cela se trouve être le seul moyen de gagner l’offre des partenaires financiers. Pour cette boucherie (photo 3, ci-dessus)  la demande avait déjà été adressée aux bailleurs par les baatombu. Le Projet de Gestion des Ressources Naturels (PGRN) a réalisé cette boucherie avant que l’ONG DEDRAS ait pu obtenir le soutien demandé. En conséquence, pour ne pas perdre le financement, cette boucherie a été orientée vers la plus grosse agglomération des Fulbé sédentaires dans l’arrondissement de Tchatchou. Ces derniers sont des éleveurs de bétails et non des bouchers.  Dans ce cas, les besoins des bénéficiaires ne sont pas réellement pris en compte. Des comités de gestion remplacent les intermédiaires dans le suivi de l’entretien des infrastructures. Ces Comités, par manque de soutien abandonnent le suivi et les infrastructures réalisées sont aussi laissées à l’abandon.  Parfois,  les P.T.F. s’organisent eux-mêmes pour veiller à la bonne gestion des fonds alloués aux ONG, en créant des organes intermédiaires de gestion que sont les coordinations de projets. Car, les relations d’affinités qui existent entre les différents membres des comités exécutifs, les dirigeants des structures médiatrices et les différents bénéficiaires permettent parfois aux ONG de détourner les fonds par des stratégies utilisées pour la mobilisation des populations autour des projets. Ces structures passent par des « leaders d’opinion » plus proche encore des populations. Ils se constituent en « Comité de Gestion ». Les membres des comités se présentent comme bénévoles ; mais ils ne manquent pas de gérer la caisse sans rendre compte de leur gestion. Ce sont généralement d’anciens fonctionnaires rentrés au village ou des jeunes déscolarisés qui occupent les postes les plus représentatifs. Ils ont le contact facile avec les partenaires. Il n’existe pas de dispositif (interne ni même externe) de contrôle des ressources apportées par les P.T.F. ; si bien que les actions ne sont pas suivies ni évaluées par les acteurs et par les collectivités locales. De plus en plus, ce sont des structures organisées et même reconnues qui jouent le rôle de médiateurs. Néanmoins, les stratégies sont les mêmes. Les collectivités décentralisées n’ont pas l’expertise de relayer les ressources des projets ni même d’exercer un contrôle sur la gestion aussi bien des ressources des partenaires que de l’Etat destinés aux projets pourtant mise en œuvre sur leur territoire. Par contre, ils se servent de leur position de leader au niveau local pour  apprécient et influencer. Les intermédiaires, choisis à la suite d’un test ou d’un appel à soumission de candidature, renforcent leur position tant qu’ils maîtrisent les réalités sociales du milieu et le cahier de charges des partenaires financiers. Les leaders communautaires  appellent la population à se mobiliser, pour obtenir de l’Etat et de ses partenaires la réalisation d’infrastructures. Ils réclament la construction des écoles, des forages, des retenues d’eau (barrages)… Cet argument ethnique sert à mobiliser les groupes sociaux autour des actions de développement qui sont perçues comme des actions autarciques et imposées.

 

« Si vous ne venez pas pour revendiquer vos droits, aucun Maire, aucun conseiller ne viendra le faire à votre place (Chef d’arrondissement, février 2013.

 

Les autorités des structures déconcentrées de l’Etat et les élus locaux choisissent des secteurs d’activités qu’ils savent ordinairement être l’occupation d’une ethnie donnée, pour réaliser des ouvrages ou infrastructures dans le but de s’attirer leurs faveurs à la veille des échéances. Cette attitude est encouragée par les approches dites « communautaires » d’intervention des acteurs de développement qui permettent aux  P.T.F. de toucher directement les cibles en identifiant les personnes déjà organisées en association ou en groupement, sans autres conditions. Alors, ils organisent des proches parents et certains responsables d’ONG, pour appuyer leurs ‘’initiatives’’. Ainsi, dans bien des cas, les responsables de groupements socio-économiques ne connaissent pas le nombre exact de leurs membres. Ils les estiment entre vingt (20) et quarante (40) personnes. Ces groupements à la base n’évoluent jamais en dehors du cadre des « réunions opportunistes ». Pour la plupart d’entre eux, il n’existe pas de textes de base (statuts, règlement intérieur). Les responsables sont limités à convoquer la « masse » chaque fois qu’il y a une rencontre. La formation des regroupements se font par affinités ethniques. A priori, c’est parce que les activités sont liées aux réalités culturelles. Il est vrai que les baatombu et les nago pratiquent beaucoup plus l’agriculture et le commerce mais moins l’élevage, apanage des fulbé. Ces derniers, devenus sédentaires, exercent les mêmes activités. Malgré cela, la cohabitation est difficile. Les baatombu pensent que les Fulbé sont très lents à se décider ce qui ne favorise pas toujours la réussite des actions. Pour les Fulbé, ils sont les plus disponibles quand il s’agit de contribution financière pour mener des activités. Ils considèrent néanmoins qu’ils sont relégués au second rang quand il s’agit des avantages liés aux activités menées. Les actions ponctuelles obtiennent plus facilement l’adhésion de toutes les catégories socio-ethniques contrairement aux actions à longue durée ; ce qui est souvent le cas des projets qui s’étendent sur au moins cinq ans. Pour les responsables d’ONG médiatrices, il est plus facile de collaborer avec une seule ethnie à la fois. Lorsque l’infrastructure doit servir à plusieurs groupes ethniques, l’utilisation pose quelques difficultés. Ceux qui sont proches de l'infrastructure, l’utilisent plus et supportent la maintenance de l’ouvrage qui dans le cas contraire est appelé à disparaître. Les relations tendues et conflictuelles entre les populations allogènes et autochtones rendent difficiles la gestion collective des moyens mis à leur disposition par les projets. Pour pallier à ces difficultés les projets optent pour des réalisations d’ouvrages par entité ethnique. En vue de se mettre en phase avec les bailleurs, l’argument ethnique devient le credo de la captation des aides au développement et a fortiori, de leur gestion aussi. Le référent ethnique est favorisé  par l’approche dite « approche communautaire » de développement. Ce ne sont pas tant les mots qui importent mais plutôt les réalités qu’ils recouvrent et qu’ils sont censés représenter. La démarche du développement communautaire est basée sur des intérêts communs et publics et non centrée sur des intérêts individuels ou ethniques. Cette approche permet d’aider les populations à résoudre des problèmes propres au cadre de vie suivant leur milieu en rapports avec leurs besoins, est détournée pour se recentrée sur l’ethnie au sens strict. Cette démarche encrée sur l’ethnie porte en elle le risque de créer des conflits plutôt que de chercher à résoudre les vraies questions de développement. Elle porte en elle des germes de concurrence nuisible à un développement harmonieux. Elle est susceptible de générer un processus de stigmatisation propre à engendrer les problèmes plutôt qu’à les prévenir. Le sens dans lequel Joseph Ki-Zerbo (1992) pouvait dire « on ne développe pas, on se développement » laisse entendre que chaque peuple doit être maître de son développement, ce qui n’exclut pas la solidarité qui respecte les valeurs endogènes. Mais les programmes et projets venant d’ailleurs pensés et conçus sans la participation des populations auxquelles ils sont destinés, et même parfois sans la participation ni la consultation des représentants mandatés et ceux  présents sur le terrain (élus locaux) ne favorise pas la cohésion sociale et donc le développement. De plus, on peut l’interpréter comme la volonté du politique de l’Etat de faire recours à la participation citoyenne comme une manière de rendre responsables les citoyens (et les partenaires financiers) de ce qu’il ne sait plus prendre en charge lui-même, à savoir la responsabilité des problèmes sociaux et de développement à contrario de la position de Tossavi, (2005). Etre conscient des questions relatives aux identités (Bako-Arifari, 2005), à la participation et à l’échelle d’intervention,; permet de prendre position dans ce débat et d’y situer les actions qui sont menées concrètement afin d’accroître leur pertinence et leur efficacité mais aussi de mieux en maîtriser les risques d’effets pervers d’une démarche orientée vers les ethnies au détriment d’une démarche visant à créer l’harmonie entre les populations. Tel que l’a fait remarquer Tingbé (2011) dans son analyse du processus électoral de 2011, la veille citoyenne est interpellée face à cette confusion entre « communauté et « ethnie » qui s’invite même les processus de développement et dans les discours et démarches de développement.

 

Conclusion

L’absence de plan national opérationnel de suivi et d’évaluation de l’impact réel des interventions de développement laisse libre cours à toutes sortes de pratiques.  Ceci se traduit par un manque de visibilité dans les moyens réellement investis et ceux détournés. Ces facteurs engendrent les détournements de fonds mis à disposition par l’Etat et ses partenaires par une poignée de personnes qui s’en accaparent. On assiste à la crise des valeurs. La monétarisation des rapports sociaux et la rupture du système d’entraide et de solidarité de même que la protection des couches vulnérables et pauvres. Le signe de respectabilité est le niveau social ; ce qui conduit à la baisse du contrôle social.

L’idée d’association naît, lorsque les besoins excédant les forces individuelles, les hommes ressentent la nécessité de s’unir pour survivre, d’où l’idée de solidarité. Le développement à travers les projets est censé venir en aide aux populations en vertu du principe de solidarité pour leur permettre d’atteindre un niveau acceptable de vie. Ainsi, les plus vulnérables et marginalisés servent d’argument aux « chasseurs » des projets pour obtenir gain de cause. Ceci conduit à une concurrence qui peut mettre à mal les relations entre groupes ethniques en laissant plus paraître les rivalités que les succès de chacune de communauté et influencer sur le processus global qui doit caractériser le développement local dans son ensemble. L’ethnicité est alors envisagée comme un modèle de développement, un nouveau paradigme qui se distingue du communautarisme et qui se caractérise par l’affirmation d’une « culture intériorisée par des individus vivant dans une société moderne », à laquelle ils veulent négocier leur entrer sur des critères qui leur permettent de maintenir et de défendre leur identité particulière. Mais, se basant sur des référents ethniques, les projets favorisent l’autoréalisation qui renforce l’individualisme et les comportements xénophobes qui ont montrés leurs effets néfastes ailleurs (Kamdem et al, 2004). Pour mieux atteindre les nobles objectifs de chaque projet, la responsabilisation des populations et des médiateurs par la définition des stratégies et critères objectifs dans la mise en œuvre des projets garantirait un réel développement qui n’occulte pas la paix sociale.

BIBLIOGRAPHIE

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  3.        « Historiciser et localiser les approches », Bulletin de l'APAD, 31-32 | 2010, 161-192 ;
  4. 5.             1995 : Rituels politiques et construction de l’identité ethnique des peuls au Bénin. Cahier des Sciences Humaines, 31 (2) : 457-484 ;
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  15. 16.  Long (N.), 2004  Development Sociology: Actor Perspectives, (éd) taylor and Franci Librairy, 294p;
  16. Tingbe-Azalou (A.), 2011 : Le régionalisme et l’urgence de la cohésion sociale au Bénin, communication à l’atelier d’évaluation et d’analyse du processus électorale de 2011 au Bénin, la Friedrich-Ebert-Stiftung, Cotonou, 12 p ;
  17. Tossavi, (Th.) 2005 : Les ONG locales du Bénin  et le système d’aide internationale : Pour une responsabilisation des structures sociales locales. L’harmattan. 191p. ;


[1] Abrogeant la loi N°90-023 portant charte des partis politiques.

[2] Programme d’Appui à l’Education et à la Formation des Enfants exclus du système Educatif.

[3] DDC, 2010 : fiche technique PAEFE, 4p.

[4] Service de Planification et de Développement Local